Extraits du BR n° 10


Système des retraites
Précarité dans le spectacle
Maison de retraite de Marquillies
Carte scolaire
Action anti précarité
Université - Philo
Salaires fonction publique
Chiffres du chômage
Mairie de Lille - Emplois jeunes et prud'hommes.


LE BONHEUR DE LA RETRAITE

Pourquoi  acceptons-nous de poser la question des retraites en termes de problème, alors que les retraités vivent la retraite plutôt comme un bonheur ? Les retraités sont heureux. Et ils sont heureux d’être payés à " ne rien faire " ou plutôt à ne rien faire pour le Capital. Car, enfin… ils peuvent travailler librement. Poser la question des retraites en terme de problème, c’est déjà une demi-défaite. Pourquoi ?

Parce qu’il s’agit en fait d’un affrontement politique entre le MEDEF et les salariés. La classe dirigeante, s’étant rendu compte à quel point on était allé loin dans la socialisation du salaire, a décidé de reprendre la main et de remettre en question le système des retraites financé par le salaire (les cotisations). La démographie est un alibi. Tous ces pseudo problèmes de déséquilibre démographique entre actifs et inactifs dans 30 ou 40 ans n’ont qu’un seul but : mettre en doute la capacité de notre système en répartition à financer les retraites dans l’avenir. Or, faire croire que l’épargne (fonds de pensions, épargne salariale, fonds de réserve, etc…) pourrait substituer le travail pour financer les retraites est complètement absurde. S’il n’y a pas assez d’actifs à l’avenir pour payer les cotisations nécessaires à faire vivre les inactifs âgés, il n’y aura pas non plus assez d’actifs pour financer la rente des fonds de pension, à moins de s’imaginer que le capital fait des petits tout seul !

D’abord quelques évidences :

Que ce soit en capitalisation ou en répartition, on ne finance jamais sa propre retraite. Les ressources des retraités sont toujours financées par les travailleurs actifs du moment.

La retraite peut être financée :

a – soit par un système en répartition (le meilleur) basé sur le salaire (la cotisation) ; c’est les employeurs qui paient les retraités jusqu’à leur mort. Preuve qu’on peut payer des gens " à ne rien faire " pendant 5, 10, 15, 20, 30 ans et plus. Et les retraités sont payés à 80 % en moyenne de leur salaire antérieur pour une carrière complète. Et ils sont payés par du salaire. Et ce n’est pas 1 million de personnes, c’est 12 millions !

b – soit par un système de capitalisation (la peste), le plus inégalitaire.

c – soit par l’impôt (le choléra), retour aux formes classiques de l’assistance aux pauvres.

d – soit par un mélange des trois (répartition + choléra + peste ) ; c’est ce que veulent précisément le MEDEF, le gouvernement, la CFDT et j’en passe…mais cela donnera inévitablement la CANNIBALISATION des régimes en répartition. Avec à terme la disparition de celui-ci !

Nous ne sommes pas en période de pénurie : le PIB, c’est à dire la richesse produite par an, double tous les 40 ans (avec une croissance même très modérée de 2 % par an). Le montant des retraites représente aujourd’hui 13 % du PIB. Dans 40 ans, il représentera 17 % du PIB (NB : 17 % d’un PIB qui aura doublé).

Question : est-ce déraisonnable d’accorder 17 % (ou même 20 %) du PIB à 33 % de la population (les retraités) dans 40 ans ? Est-ce juste d’en accorder aujourd’hui 40 % à une infime minorité d’actionnaires ???

N.B. : Il y a vingt ans, 70 % de ce que notre travail contraint créait chaque année nous revenait 70 % du PIB (revenait aux travailleurs sous forme de salaires directs et de cotisations sociales, et donc de prestations sociales). Aujourd’hui, sur un PIB de 8 000 milliards de francs, 60 % vont aux salaires, 40 % aux profits. Les 10 % qui manquent à l’appel, représentent plus de 800 milliards de francs. Si au lieu de gonfler la bulle financière, comme ils le font aujourd’hui, ils étaient du salaire, on ne se poserait pas toutes les questions qu’on se pose sur les économies en matière de santé. On pourrait payer, à 9 000 francs par mois,  les étudiants (2 millions) ; on pourrait conserver leur salaire direct aux chômeurs (5 millions) ! Et on ne serait pas encore à 800 milliards ! On pourrait être à 30 h par semaine et non pas à 35 heures. Si nous n’avions pas baissé la garde sur les salaires, nous en serions là : 30 h par semaine, étudiants payés, chômeurs payés.

CONCLUSION : il n’y a pas de problème de retraites ; il y a un problème de captation par les actionnaires, français ou étrangers, des richesses socialement produites !

LA SOLUTION, toujours la même, pour préserver les régimes en répartition :

Réduction massive du temps de travail sans perte de salaire (35, 30, 25 puis 20 h hebdomadaires… en quinze / vingt ans, c’est faisable) et emploi pour tous (donc flux de cotisations supplémentaires).

Augmentation des salaires et notamment des bas salaires (donc augmentation des cotisations, ce qui permet de maintenir la répartition ). Le meilleur moyen de partager les richesses produites, exprimées par le PIB, c’est de les faire retourner à ceux qui les ont produites et à eux seuls, c’est à dire les salariés par le biais des salaires.

Augmenter la part des cotisations dans le revenu total. Actuellement, sur un revenu total, le salaire direct représente 60 % et les cotisations 40 %. Faire passer les cotisations à 50, 60, 70 % du salaire brut serait encore le meilleur moyen de socialiser les richesses produites.

Pourquoi le MEDEF et la CLASSE DIRIGEANTE veulent-ils à tout prix liquider le système par répartition ?

C’est simple. Ce système représente une contradiction permanente de la logique capitaliste ; c’est de la socialisation des ressources au cœur même du système capitaliste. Comment ?

Il prouve que l’on peut soutenir des engagements financiers de très long terme (les retraites représentent 1 100 milliards de francs par an) sans aucune accumulation financière, sans épargne préalable, sans aucune propriété lucrative. Et qu’il suffit de socialiser une partie du salaire par le biais de la cotisation. Et c’est parce que le système par cotisations recèle

en lui des potentialités révolutionnaires, et notamment a-propriétaires et a-étatiques, que la classe dirigeante veut à tout prix en finir avec ce système. En effet il pourrait donner des idées (imaginons que l’on finance l’investissement productif sur ce modèle…) ! Il prouve que l’on peut faire vivre 12 millions de personnes (les retraités), sans aucune contrepartie en travail contraint. Ils sont payés avec du salaire (et non pas avec un stock illusoire de cotisations passées qu’ils consommeraient aujourd’hui), au titre de leur droit de tirage sur les richesses produites aujourd’hui par les actifs d’aujourd’hui. Droit de tirage légitimé par leur travail passé.

Allons-nous continuer à croire tous les bobards qu’on nous raconte sur le papy-boom, la fin du travail, les projections à 40 ans…alors que les économistes sont incapables de nous dire quel sera le taux de croissance de l’année prochaine !

Joaquim
(CNT - Valenciennes).

Notes et références :

Les chiffres cités ci-dessus sont extraits du livre : " Les retraites au péril du libéralisme " (Ed. Syllepses, 2000) :

page 110 - " Le taux de remplacement moyen du dernier salaire net par la retraite est de l’ordre de 75 à 80 % pour les salariés non cadres avec une carrière complète…".

p. 8 - " Avec une croissance très modérée de 1,7 % par an (la croissance entre 1973 et 1996 a été de 2,1 % par an), le PIB aura doublé en 2040… " (voir aussi p. 46).

p. 17 - " Les personnes ayant 60 ans et plus seraient 22 millions en 2040… ". Dans 40 ans, les retraités représenteront environ 33 % de la population, avec une population qui aura progressé légèrement d’environ 8 % à 10 %. La population approche actuellement 60 millions.

p. 55 - " Depuis le début des années quatre-vingt, la part des salaires est en effet passée de 69 % à 60 % de la valeur ajoutée des entreprises " (PIB).

p. 109 - " …l’augmentation du nombre de retraités (12 millions aujourd’hui)… ".

p. 109 - " …la part de la richesse nationale consacrée à la vieillesse : 5 % du PIB en 1959, 12,5 % aujourd’hui… "

p. 46 - " …en 2040 il faudra 3 000 milliards pour les retraites ". Sur un PIB qui aura doublé. Aujourd’hui (édition 2000), il est de 9 000 milliards de francs ; ça fera 18 000 milliards de PIB (3 000 milliards sur 18 000 milliards = 16,66 % du PIB pour les retraites en 2040).

Le raisonnement sur le partage du PIB (8 000 milliards de francs en 1999) entre salaires et profits est tiré d’une conférence que Bernard Friot a donnée au congrès de l’ANCE à Dijon le 14 juin 2000 (à paraître dans " Confluences ").

 


BOYCOTT DE TOUTES LES COMPAGNIES VIVANT DE LA PRECARITE DES ARTISTES !

Présentée comme une compagnie de danse professionnelle dans les médias et dans le programme du " Vivat " (scène nationale située à Armentières), " Gutta Percha " (domiciliée dans la région lilloise) est en fait une association exploitant " bénévolement " ses interprètes à raison de 10 à 20 heures par semaine depuis plusieurs années, sans aucun contrat, sans aucun salaire ni aucune liberté de travailler avec d’autres compagnies. Les danseurs y sont réduits à toucher le RMI ou l’allocation solidarité ou vivent d’autres situations de précarité… le chorégraphe de " Gutta Percha " leur faisant sans cesse miroiter la possibilité (" un jour ! ") d’être payés et d’obtenir ainsi le statut d’intermittent du spectacle.

Il y a quelques mois, Corinne – l’une des interprètes RMIste – décide de donner des cours à l’extérieur de la compagnie, mais à des horaires compatibles avec les répétitions de " Gutta Percha ". Le chorégraphe s’oppose alors à cette activité, prétextant qu’elle est incompatible avec la préparation du spectacle prévue pour les 9 et 10 mars à Armentières, et il menace son interprète de ne pas la faire danser à cette occasion. Scandalisée par ce chantage, Corinne quitte la troupe pour laquelle elle a tant donné et alerte les syndicats CGT et CNT. Le 23 janvier, la directrice et programmatrice du " Vivat " reçoit un courrier de la CGT : " Soit la compagnie se dit professionnelle et elle respecte le code du travail, les conventions collectives et les artistes sont rémunérés ; soit cette compagnie est amateur et il nécessaire de le signaler sur votre programme ".

De son côté, la CNT prépare un tract appelant le public à boycotter le spectacle et destiné à être distribué à l’entrée du " Vivat " (tract co-signé par la section " chômeurs / précaires " de l’union locale CNT de Lille, le syndicat CNT santé-social- éducation-culture du Nord, le collectif AC-Lille, la FA, l’association " Intermutants " et plusieurs syndicats CNT du spectacle, dont celui de Paris et de Toulouse). La CNT envoie également un courrier (" plus musclé que le précédent ", dixit la " Voix du Nord " dans un article daté du 16 février). Ce courrier est adressé au président du " Vivat " ainsi qu’à la presse locale, à l’inspection du travail, aux structures culturelles de la région et aux organismes subventionneurs. Le tract et le courrier dénoncent vigoureusement les " pratiques particulièrement abusives et esclavagistes mettant en péril l’avenir des professions artistiques ", précisent qu’il est " aberrant de voir certaines scènes nationales comme le Vivat fermer les yeux ou cautionner ce genre d’exploitation " et, outre l’appel au boycott, posent une série de revendications telles que des " contrats de travail réglementaires ", des " cachets d’intermittents du spectacle ", le " refus de la précarité ", etc.

A la réception du courrier envoyé par la CNT, la directrice et programmatrice du " Vivat " téléphone au chorégraphe de " Gutta Percha ". S’en suit une explication houleuse… la directrice du " Vivat " s’apercevant que les interprètes de la troupe ne sont pas payés et qu’aucune demande de subvention complémentaire n’a été faite par " Gutta Percha ". Or, " en tant que compagnie professionnelle émergeante " (dixit la directrice du " Vivat "), la troupe – accueillie au " Vivat " dans des conditions professionnelles (mise à disposition d’un plateau technique pendant 15 jours, subvention de 50 000 F, promotion, etc.) – avait pour devoir de payer les cachets et de démarcher les financeurs.

Mardi 13 février, le bureau du conseil d’administration du " Vivat " décide d’annuler le spectacle de la compagnie " Gutta Percha " ! Ce dénouement nous encourage maintenant à aller plus loin. En effet, si les pratiques de " Gutta Percha " ont bel et bien été sanctionnées, Corinne – comme des centaines d’autres artistes (sans oublier les techniciens !) – continue à vivre dans la précarité. La CNT appelle donc les usagers et les travailleurs (CDI, CDD et bénévoles) du secteur culturel à se mobiliser.

Eric (CNT - Lille).

 


MAISON DE RETRAITE DE MARQUILLIES

Compte-rendu de la réunion du 7 mars 2001 à l’inspection du travail de Lille

La réunion était provoquée par la direction de la maison de retraite qui juge le climat de la maison de retraite " difficile ". Etaient présents l’inspecteur du travail, la directrice et l’agent comptable de la maison de retraite, la représentante des salariées de la maison de retraite et la CNT.

L’ordre du jour ne nous est donné qu’en début d’entretien. Les revendications sont alors rappelées :

Régularisation des congés payés, des primes de nuit et des congés-maladie sur une période comprise entre 1995 et 2000.

Requalification des statuts " d’agent de service " en statuts " d’aide-soignante ".

Revalorisation des salaires au niveau de celui d’une aide soignante (en accompagnement de la requalification des statuts).

Augmentation de la prime des dimanches, jours fériés et nuits travaillés.

Puis, la discussion s’engage…

La direction annonce la régularisation des arriérés indiqués ci-dessus. Elle affirme clairement que les tâches effectuées par les agents de service se rapprochent de la fonction d’aide-soignante. La direction est consciente que les services exigés se sont modifiés depuis plusieurs années. Elle rappelle que même le contrat de travail des agents de service inclut des tâches d’aide soignante.

L’inspecteur du travail demande de définir le travail d’une aide soignante. La description faite par la direction correspond au travail réellement effectué par les agents de service. La direction, cependant, reste sur l’obligation faite au personnel de passer le concours d’aide soignante pour en obtenir la qualification ainsi que le salaire. L’inspecteur du travail rappelle que la convention collective régissant la maison de retraite indique qu’il est tout à fait possible d’obtenir la qualification d’aide soignante par un agent de service après 4 années d’exercice. L’augmentation de salaire est donc justifiée. Portée à 500 F à la réunion, elle se monte à 800 F, après renseignement, pour se rapprocher des salaires d’aide soignante. Cependant, la direction fait valoir que la maison de retraite fonctionne en " budget 0 franc ". Il n’y a donc pas d’argent pour les diverses augmentations demandées.

L’inspecteur du travail demande alors comment, dans ces conditions, les arriérés des congés peuvent être payés. D’une manière générale, la direction de la maison de retraite subordonne toutes ses décisions à l’avis du conseil d’administration. Elle insiste aussi sur sa volonté d’intégrer les revendications aux négociations sur le passage aux 35 heures. Elle tient également à rappeler qu’elle souhaite " négocier " et " discuter " dans un " climat serein ". Nous avons rappelé, à cet égard, les difficultés que les salariées avaient rencontrées jusqu’à présent pour se faire entendre, même pour de simples revendications comme l’obtention d’un panneau syndical.

Le passage aux 35 heures

Nous n’avons pas accepté de lier les revendications des salariées au passage aux 35 heures, dans la mesure où cela reviendrait à nier les spécificités des différentes demandes et permettrait à la direction de faire passer un droit acquis par le passage aux 35 heures en terme de salaire (35 heures payées 39), pour une augmentation qui ne serait pas liée à la requalification des statuts. Nous avons posé, en préalable à toute négociation sur les 35 heures, que la direction fasse réellement preuve de sa volonté affichée de " conciliation " en accédant le plus rapidement possible aux demandes justifiées des salariées et en se conformant, en ce qui concerne la requalification des statuts, à la convention collective. Nous avons rappelé que les salariés, quant à elles, avaient montré une grande patience pour des revendications que la direction reconnaît en partie mais qu’elle ne satisfait pas.

Au cours de l’entretien, l’inspecteur du travail a interpellé la directrice de la maison de retraite sur les difficiles conditions de travail que le personnel rencontre dans l’exercice de ses fonctions. Un rendez-vous entre le personnel et l’inspection du travail a été envisagé sur le thème du " harcèlement moral ".

En conclusion, on peut remettre en cause la bonne foi affichée de la direction dans la mesure où l’annonce du recouvrement des arriérés le jour de la réunion n’a pas été à la hauteur des sommes attendues. Pour atteindre le " climat serein " que la direction demande, il conviendrait donc qu’elle se montre plus ouverte aux demandes des salariés.

Yoann (CNT - Lille).


CARTE SCOLAIRE : UNE DEFAITE DE PLUS ?

Après le CDEN (conseil départemental de l’Education Nationale) du 13 février, l’inspecteur d’académie René Dunoyer a rendu officielle la liste des 156 fermetures et 57 ouvertures de classes à la rentrée prochaine dans les écoles du département du Nord ; une liste quasi identique à celle présentée lors du CTP (comité technique paritaire) de la semaine précédente et qui ne bougera pas sauf " évolution avérée des effectifs dans une école et sauf erreur de prévision ". " Quand j’arrête mes décisions, je ne bouge plus sauf s’il y a des évolutions visibles ! " a déclaré Dunoyer à la " Voix du Nord " et à " Nord Eclair ".

De son côté, avec quelques jours de retard (suite au boycott du CDEN par les organisations syndicales qui en sont membres), l’inspecteur d’académie du Pas-de-Calais, Jean-Claude Fauquette, a annoncé officiellement la fermeture de 85 classes dans ce département. Il a souligné que, " dans le cadre des moyens qui (lui) sont attribués par le ministère ", sa marge de manœuvre n’était que de trois postes.

Le tract CNT relatif aux stratégies mises en œuvre autour de la carte scolaire (tract distribué dans les manifestations inter-syndicales des 3 et 9 février) était donc semble-t-il prémonitoire, et même en dessous de la réalité car le rectorat et le ministère n’ont pas eu besoin de lâcher beaucoup de lest. Citons pour mémoire quelques extraits des analyses et propositions que nous faisions à l’époque…

Pour prévenir tout mouvement d’ampleur, la stratégie du ministère et des rectorats consiste à disperser et différer les annonces des suppressions de postes pour confiner les luttes à l’échelle des académies et des établissements.

Les syndicats majoritaires ne réagissent déjà plus aux annonces nationales ; ils attendent les annonces académiques pour réagir et les limiter ainsi aux revendications immédiates et locales. La pratique des institutions paritaires (CTPD) et le concours des syndicats co-gestionnaires permettent ensuite de désamorcer la contestation en alternant la fermeté, le mépris et les concessions dérisoires (les suppressions de postes sont souvent tactiquement enflées pour laisser une marge de concessions qui légitime le " dialogue paritaire " et permet aux syndicats co-gestionnaires de sortir la " tête haute " de la mascarade).

En terme d’action, ces syndicats se contentent d’appeler à des manifestations, rassemblements ou grèves rituelles d’une journée (qui correspondent aux veilles de commissions paritaires) pour préparer le " dialogue social " convenu. Ils annoncent donc à l’avance que la grève se termine le soir de la date choisie et cela rassure surtout le rectorat de leur volonté de siéger et de cogérer la misère budgétaire dès le lendemain de la mobilisation…

S’il y a grève unitaire, le problème des syndicats co-gestionnaires est toujours de définir s’ils vont boycotter ensemble telle ou telle commission consultative pour marquer leur mécontentement. C’est devenu aussi un rituel qui n’effraie nullement le rectorat (qui reporte simplement la commission !).

Les sections locales et les personnels non syndiqués sont donc livrés à eux-mêmes. Les syndicats dits " représentatifs " déposent des préavis de longue durée, sans en faire publicité, pour se décharger des luttes et éviter d’avoir à les fédérer. C’est ainsi que chaque année, sauf pour quelques établissements qui se trouvent épargnés grâce à la mobilisation des personnels et parents, les suppressions de postes passent sans mobilisation massive, simultanée et radicale. Les stratégies du rectorat et celles des syndicats majoritaires sont complémentaires et les années électorales voient ces manœuvres prendre un caractère politicien caricatural (il faut éviter de mettre le gouvernement et les partis au pouvoir en situation délicate !). Toutes ces manœuvres discréditent le syndicalisme et entretiennent le fatalisme des personnels.

Chaque année, des personnels isolés, des sections syndicales de base, des syndicats comme la CNT (qui ne siége pas en CAP), regroupés en collectifs, tentent de coordonner les luttes en appelant à des AG locales et régionales (grève, votes en AG d’établissement, mandats et AG régionales sur la poursuite de la grève). Comme en Seine St Denis ou dans l’Hérault, seules les initiatives qui coordonnent personnels, parents et élèves, créent le rapport de force susceptible de faire reculer les autorités rectorales et ministérielles, d’imposer les revendications contrôlées par la base et de dénoncer les logiques ministérielles de démantèlement des services publics et de régressions sociales. A nous de faire en sorte que les initiatives menées par l’inter-syndicale académique contre l’iniquité de la carte scolaire prennent en compte cette dimension. Réunissons-nous dans les établissements pour préciser nos revendications et exiger la reconquête, l’extension et l’amélioration du service public d’éducation laïc et gratuit. Il faut des moyens (des créations de postes pour améliorer les conditions de travail), des emplois stables (titularisation des précaires pour casser les logiques comptables), des salaires revalorisés (surtout les plus bas) et des politiques recentrées sur les pédagogies émancipatrices (école, ascenseur culturel sans tri social) ".

Syndicat CNT - éducation du Nord / Pas de Calais.

 



ANTI - PRECARITE : MOBILISATION REUSSIE !

Le rassemblement organisé vendredi 9 février à 11 h devant le rectorat > à Lille pour exiger la titularisation sans condition des précaires (> administratifs, techniques et enseignants) ainsi que le respect de leurs > droits fondamentaux de salariés (congés maladie, congés payés, droits aux > Assedics et à la formation sur le temps de travail) a mobilisé une centaine de personnes à l’appel de la la CNT, de SUD, de l’EE, du collectif de l’éducation contre la précarité et du groupe des vacataires en langues vivantes. Un réel succès donc, malgré le refus des syndicats majoritaires (FSU, CGT, CFDT, FO, FEN-UNSA) de participer à cette initiative…

Voici le compte-rendu de la réunion qui a eu lieu le même jour entre le secrétaire général du rectorat de Lille, la CNT, SUD, le collectif de l’éducation contre la précarité et le groupe des vacataires en langues…

Nous avons présenté nos revendications, insisté sur la gravité de la question de la précarité en ce jour de mobilisation contre les suppressions de postes et posé la question de la titularisation des milliers de précaires embauchés dans l’académie.

Le secrétaire général nous a alors commenté les chiffres de la précarité dans l’académie : environ 10 000 pour les CES et emplois jeunes, 4 200 pour les vacataires et contractuels. Il a expliqué aussi les mesures de résorption du protocole Sapin (sans précisions puisque les modalités sont encore imprécises) et les reconversions proposées aux aides éducateurs et CES (150 dans la police, 150 dans la santé, 200 en scop de maintenance informatique, CEC).

Nous avons rappelé nos revendications et souligné que notre démarche portait justement sur la dénonciation de l’accord Sapin et la situation de tous les précaires exclus des mesures d’intégration ou de reconversion, c’est à dire le plus grand nombre. A ce sujet, les situations concrètes des vacataires et contractuels privé(e)s des droits fondamentaux du salarié et les problèmes de salaires ont été exposés par les représentantes des collectifs (vacataires et précarité) pour recadrer la discussion. Une lettre a été transmise au recteur, de la part du groupe des vacataires, pour exposer clairement leur situation. A ce titre, le secrétaire semblait souvent ignorer la situation de certaines catégories de précaires.

Le secrétaire a alors évoqué certaines pistes de discussions pour la rentrée prochaine : embauche des vacataires du premier degré sur des contrats de " contractuels " dans le second degré, contrats de 12 mois pour éviter les ruptures de droits dans le second degré, révisions possibles sur l’ancienneté ouvrant droit aux concours internes, négociations avec les entreprises privées pour reconvertir les aides-éducateurs.

Nous avons constaté que ces mesures ne faisaient qu’aménager la précarité, que l’académie subissait encore les réductions de postes titulaires et que notre mobilisation exprimait aussi le refus, avec la précarité, des logiques libérales de " réforme de l’État ou de refondation sociale ".

Le secrétaire nous a assuré que les revendications immédiates concernant les vacataires et contractuels seraient étudiées par la DRH et transmises au recteur. Une réponse nous sera aussi adressée prochainement par courrier au sujet des revendications immédiates qui concerne la compétence du rectorat.

Toutes ces propositions ont contribué à remobiliser les vacataires (de nouveaux contacts se sont signalés depuis) qui comprennent que la revendication légitime de titularisation oblige l’administration à faire des concessions qui, quoique dérisoires au regard de la titularisation, peuvent représenter des gains de salaires conséquents (environ 1 500 francs par mois pour un vacataire qui obtient les congés payés) et des avancées concernant le réemploi à la rentrée prochaine ".

CNT - Lille.

PS : Des précaires et sans-emplois extérieurs à l’Education Nationale, dont des membres de la section CNT de la mairie de Lille (où il y a beaucoup de précaires), étant présents à la dernière réunion du collectif de l’éducation contre la précarité, il semblerait que l’on s’achemine vers la création d’un collectif (tout court !) contre la précarité. Il a également été décidé lors de cette réunion de re-contacter les autres syndicats afin de leur proposer à nouveau de travailler ensemble sur ce terrain.


A LA FAC AUSSI : NON A LA PRECARITE !

A l’université, la privatisation rampante s’accompagne d’une précarisation grandissante. On assiste en effet depuis pas mal de temps au développement de la sous-traitance et à la privatisation progressive de tous les services possibles (nettoyage, entretien, restauration, imprimerie, etc.).

Les personnels techniques qui effectuaient ces tâches finissent par partir à la retraite et ne sont pas remplacés. Ces tâches sont alors sous-traitées par le privé avec, comme conséquences naturelles, une dégradation des conditions de travail de ceux qui les accomplissent et le recours à une main-d’œuvre précaire (contractuels, CDD, CES, vacataires …).

C’est parmi les étudiants(e)s que les rectorats et les universités puisent la main d’œuvre précaire et bon marché des aides-éducateurs, contractuel(le)s et vacataires pour couvrir les besoins pédagogiques et administratifs et assurer les remplacements dans les écoles, collèges et lycées. Les recrutements de titulaires s’en trouvent d’autant plus réduits et les tâches de surveillance, d’enseignement et de documentation sont assurées à moindre coût par des personnels sous-payés et souvent privés des droits élémentaires du salarié (congés-maladie, congés payés, droit au chômage). Les contrats proposés imposent souvent des mi-temps aux horaires dispersés qui laissent peu de temps pour la poursuite des études et la préparation des concours (ces précaires étant souvent écartés des concours internes).

L’Education Nationale se comporte comme n’importe quelle agence d’intérim ou comme les négriers de la restauration rapide (introduction des pointeuses à la fac pour les précaires annualisés) sans même verser à ses salariés précaires les primes exigées par le droit du travail dans le secteur privé.

L’activité d’enseignement n’échappe pas à cette situation malgré le nombre impressionnant d’heures supplémentaires. La création de postes de titulaires est notoirement insuffisante et le recours aux enseignants précaires (allocataires, ATER, moniteurs et même thésards non rémunérés) est devenu la norme. L’Etat attend prudemment les nombreux départs en retraite programmés.

Rémy, enseignant (section universitaire du syndicat CNT-éducation de Lille).


LA " MAITRISE PROFESSIONNALISANTE " DE PHILOSOPHIE

Les lecteurs réguliers de " Coup de griffe ", le bulletin hexagonal des sections universitaires de la CNT, commencent à le savoir : l’heure est au rapprochement de l’université et du privé et ses exigences, au démantèlement du service public. Certes, le gouvernement, jusqu’à nouvel ordre, n’a pas décidé de bouleverser d’un seul coup les universités françaises dans le sens des fameux " rapport Attali " et " plan U3M " : mais c’est petit à petit, dans l’indifférence quasi-générale, qu’on se rapproche ici et là de l’université telle que peuvent la rêver le patronat et nos dirigeants. C’est dans ce cadre que nous allons présenter la " maîtrise professionnalisante " de philosophie de Lille III.

Instaurée dans le cadre d’un arrêté ministériel du 9 avril 1997, cette maîtrise existe à Lille III depuis 3 ans en Lettres, depuis 2 ans en Histoire, et pour la deuxième année en philosophie. Il n’est pas inutile quant à cette dernière de rappeler que les postes de CAPES en philosophie ont chuté de 79 % depuis 1996 (50 postes actuellement), ce qui explique l’intérêt pour ce diplôme de la part des professeurs (qui voient le nombre d’étudiants baisser dangereusement) et des étudiants (en quête de " débouchés "). A ce propos, on peut faire deux remarques. D ‘abord, ce discours légitimant la " maîtrise professionnelle " s’appuie sur une individualisation du problème : en aucun cas il n’est question de se mobiliser ensemble pour augmenter le nombre de postes. Ensuite, on peut constater un double discours, car lorsqu’on objecte que ce diplôme ne permet pas plus de trouver un emploi qu’un autre, on se voit répondre que ce n’est pas le but : il s’agit simplement d’une " ouverture sur le monde du travail ".

En guise d’ouverture sur le monde du travail, l’étudiant ayant opté pour une maîtrise professionnelle aura la joie de passer quatre mois et demi à travailler en entreprise sous la forme d’un stage de 35 heures par semaine, qui doit " correspondre à une mission précise, de niveau cadre, et impliquer une véritable responsabilité ". Gratuitement bien sûr (sauf rare exception, mais dans tous les cas la rémunération doit être peu élevée) ! Quant au contenu des stages, il n’a pas toujours un quelconque rapport avec le sujet de maîtrise de l’étudiant (comme cette étudiante faisant l’accueil dans une maison d’intérim alors qu’elle préparait une maîtrise sur des théories de la médecine) ! Ainsi, non seulement ce type de diplôme participe à la dégradation des conditions de travail, favorise l’emploi de stagiaires gratuits plutôt que de salariés correctement payés, mais en plus elle remet en cause l’indépendance de l’université, puisque l’employeur (qui dans un cas au moins se trouve être l’Evêché local ) intervient par le biais du rapport de stage.

Hélas, ces arguments ne suffisent pas pour l’instant pour mobiliser les étudiants et professeurs de Lille III. Seul un de ces derniers a clairement désapprouvé cette évolution, et certains étudiants ne voient aucune trace d’ exploitation dans leurs stages ( " ils sont polis avec moi "). Si les syndicalistes de la CNT tentent tant bien que mal de mobiliser et lutter sur ces questions, ils ne doivent certes pas se faire d’illusions sur l’enseignement philosophique et universitaire en général : il s’agit d’un lieu très hiérarchisé (statuts, etc.) et de cooptation favorisant un discours uniformisant (en philosophie à Lille, " social démocrate " Hégélo-Weilien). La critique de l’université telle qu’elle fut formulée en 68 reste nécessaire, tant les syndicats de la CNT sont aussi porteurs d’un projet de société autogestionnaire, libre et égalitaire.

Fabien, étudiant (section universitaire du syndicat CNT-éducation de Lille).


SALAIRES :
Mais qu’est-ce qu’on veut …?
L’égalité !!!

Question de méthode :

Après les 18, 25 et 30 janvier, nous re-voilà dans la rue... Les négociations ont échoué ; retour donc à la case départ ! Au lendemain de la mobilisation du 25, et même du 30, nous avions pourtant les cartes en main pour imposer nos revendications. Alors, pourquoi avoir attendu ?

Imposer un réel partage du temps de travail, une vraie répartition des richesses dans ce pays, cela implique de mobiliser au-delà des sempiternelles journées d’action de 24 heures orchestrées par les syndicats majoritaires. Quand l’attaque est générale, notre riposte doit être à la hauteur !

Les revendications de la CNT peuvent se résumer en 1 mot : l’égalité !

Egalité des droits

Titulaires / non-titulaires, nous devons tous bénéficier des mêmes conditions de travail et des mêmes protections face à notre employeur. Arrêt du recrutement de travailleurs précaires ! Garantie de réemploi pour toutes et tous ! Titularisation sans discrimination de concours ni de nationalité !

Egalité des salaires

Avec la crise, les écarts de salaires ne cessent de se creuser. Ces écarts n’ont d’autres raisons d’être que de nous diviser ! Nous demandons dans l’immédiat 1 500 F d’augmentation pour tous et aucun salaire inférieur à 9 000 F.

Egalité français / immigrés

On l’oublie trop souvent, la " préférence nationale " règne au sein des services publics. Dans les hôpitaux, les écoles, etc., la nationalité est un critère de discrimination entre les travailleurs.

Egalité face au savoir, à la santé, au logement...

La casse systématique des services publics frappe en premier lieu les travailleurs et leurs familles. Défendre les services publics contre l’offensive libérale, c’est avancer l’idée que cette société inégalitaire – où régnent la marchandise et le profit – n’est pas l’horizon indépassable qu’on nous présente.

La CNT.

Pour tout cela, la rue ne négocie pas. Elle impose !

PS : Cette journée du 22 mars a de nouveau été l’occasion pour SUD et la CNT d’agir contre la précarité : rassemblement matinal devant l’ANPE du Vieux-Lille, puis devant le rectorat et la direction départementale du travail et de l’emploi (DDTE) et la mairie de Lille.


LES CHIFFRES DU CHOMAGE

Les demandeurs d’emploi recensés officiellement en France sont aujourd’hui au nombre de 2, 6 millions. Mais derrière cette apparente baisse du chômage, se cache une autre réalité. Laissons parler les chiffres :

augmentation des radiations administratives (101 000 il y a trois ans, 225 000 l’année dernière),

augmentation du nombre de chômeurs obligés d’accepter un emploi à n’importe quel prix (500 000 il y a trois ans, 860 000 l’année dernière),

augmentation du nombre de chômeurs de plus de 55 ans dispensés de recherche d’emploi en fonction de leur âge (266 000 il y a trois ans, 340 000 l’année dernière),

augmentation du nombre de RMIstes ( 956 000 il y a trois ans, 1 140 000 l’année dernière),

augmentation du travail précaire (temps partiel, intérim, CDD, CES, CEC, vacataires, emplois-jeunes, etc.).

Bref, ce sont plusieurs millions de personnes qui ne figurent pas dans les statistiques du chômage, mais qui n’en vivent pas moins une situation quasi similaire à celle des demandeurs d’emploi recensés officiellement !

CNT – Lille


UBU A LA VILLE DE LILLE

Un nouveau maire s’installe à la ville de Lille. Finie la campagne pendant laquelle les différentes listes ont beaucoup glosé sur des sujets divers et variés, essentiels pour les uns, anecdotiques pour les autres. Certains parleront de gesticulation pour faire oublier la vacuité des propositions et l’absence de différences. Période où l’on peut impunément promettre la lune, tel un Pierre Mauroy retrouvant des accents lyriques lors d’un meeting à Lille-sud. Situation surréaliste où l’ancien maire convoquera Jaurès et toute l’histoire du socialisme devant un public étroitement surveillé par un bataillon de CRS et filmé par les services de police pendant tout le débat. Finis également les discours sur l’environnement à préserver, la qualité de la vie, la démocratie participative ou encore l’économie solidaire. Ces belles envolées n’ont qu’un temps, celui des campagnes électorales. Celles-ci achevées, les nouveaux gestionnaires ont à nouveau à administrer une ville avec ses inégalités et ses situations d’exclusion (qui n’ont fait que croître ces dernières années à Lille). On reconduit la même politique économique et sociale, politique qui veut qu’on doit enrichir les riches pour permettre aux pauvres d’en récupérer quelques miettes. Credo libéral unique, de la gauche à la droite, qu’on nous présente comme neuf alors qu’il n’a guère évolué depuis Colbert. Pendant la campagne, il est un sujet dont on ne parle pas : la ville de Lille en tant qu’employeur...

Destruction de l’emploi public

Le sujet serait apparemment peu digne d’intérêt ou jugé trop trivial par les candidats. Pourtant, rappelons ici que la ville de Lille est le premier employeur de la région. Travaillant directement pour la Ville, plus de 3 000 fonctionnaires auxquels s’additionnent près de 800 précaires (CDD, CES, EJ, etc…). Mais à ce chiffre, il convient d’ajouter les personnels des très nombreuses associations para-municipales, voire les salariés des entreprises privées ne vivant que de contrats de sous-traitance avec la Ville. Voilà donc une municipalité pouvant donner des leçons de bonne gestion libérale et de contournement de lois sociales à grand nombre d’entreprises du secteur privé. En vingt ans, la mairie a détruit plus de 1 000 emplois publics. Par quel processus ?

Dans un premier temps, en privatisant en partie (ou souvent en quasi-totalité) les services, les filières publiques d’entretien, de maintenance ou techniques, au profit d’entreprises privées, parfois véritables négriers où s’épanouissent travail intérimaire, bas salaires et arbitraire le plus total. Autre méthode pour dégraisser les effectifs, la création d’associations multiples et sociétés d’économie mixte. Travaillant dans le champ des attributions classiques de la " chose publique " (santé, social, culture, etc…), ces nouvelles structures sont de véritables foyers de travail précaire sans aucune perspective d’intégration pour leurs salariés. Alors que la création de ces associations n’avait comme seule finalité la baisse des coûts de fonctionnement des missions publiques, on nous les habille aujourd’hui - jouant sur l’amnésie collective - avec le concept nouveau " d’économie solidaire ". Solidarité ? Que de mauvais coups et d’escroqueries au tournant ! Hier déjà, les CES se présentaient comme des " Contrats Emploi Solidarité " (2 400 F pour occuper un emploi public). On ne s’étonnera donc plus que la grande messe de présentation de cette " nouvelle économie ", par M. Aubry, encore ministre, et par G. Hascoët, s’est faite à Lille dans les locaux de l’Ecole Supérieure de Commerce et devant un parterre de futurs gestionnaires d’une économie qui n’a, comme seule préoccupation, que la baisse des coûts du travail.

" Je ferai bien quelque chose pour vous, mais c’est donnant donnant (…) "

Autre pratique de la Ville, bien qu’elle la partage avec la plupart de ses consœurs, le recrutement de son personnel à des fins clientélistes et électorales. Mais avant toute chose, un petit rappel utile. Les employés d’une municipalité dépendent du statut de la fonction publique territoriale qui comprend trois catégories d’agents : A, B et C. Cette dernière, comprenant le petit personnel d’exécution, est bien entendu la plus importante. Si le recrutement des catégories A et B est obligatoirement conditionné par un concours, la catégorie C ne l’est pas, ce qui est une spécificité de la fonction publique territoriale. D’autre part, la loi française fait une distinction nette entre pouvoir politique et administratif ; principe hérité de la création de la fonction publique pour assurer l’indépendance et la protection de l’agent en cas d’alternance politique. La théorie est une chose, sa mise en pratique en est une autre.

A la ville de Lille, en matière de recrutement, deux règles cohabitent pour l’essentiel. La première, c’est le piston familial, phénomène largement partagé par les potentats petits et grands du pays. La deuxième, le recrutement par l’élu du quartier…

Une des grandes fiertés de Mauroy a été la création au début des années 70 des mairies de quartier pour, dit-il encore aujourd’hui, " permettre une plus grande proximité entre les habitants et leurs élus et une meilleure connaissance des problèmes des dits quartiers ". Qui a fréquenté les permanences de ces mairies de quartier, s’est vite aperçu qu’on est fort loin du projet affirmé et que ces permanences sont le lieu où une population en souffrance sociale va quémander une aide ou un emploi à ses bons maîtres. La méthode est toujours semblable. L’élu prend le nom du visiteur au chômage. De là, il prend son téléphone et appelle le service des élections. Si la personne a le malheur de ne pas être inscrite sur les listes électorales, il subira les foudres de l’élu : " Ecoutez, je ferai bien quelque chose pour vous (le vouvoiement se pratique selon les quartiers), mais que faites vous pour nous ? Vous savez, c’est donnant donnant. D’ailleurs, si c’est pas nous à la mairie, ça sera les autres et ça sera pire pour vous ". En conclusion, pour avoir une aide ou un CES à la mairie, il faut voter juste, voire en faire un peu plus. C’est ainsi que les élus, en bons connaisseurs de la sociologie des quartiers, distribuent ici une aide dans une famille, là un CES ou un emploi-jeune dans une autre. Le quartier de Lille-sud est à ce titre un bon exemple. Quartier à la fois le plus peuplé, et le plus populaire et le plus à gauche de la ville, on y distribuera donc un petit quelque chose à une personne par famille (famille prise au sens large), espérant en retour une reconnaissance éternelle à not’ bon maire. Il n’est pas rare ainsi de retrouver des nouveaux embauchés ou précaires de la Ville dans les équipes de collage d’affiches de l’équipe sortante, embauchés ou précaires qui le jour des élections, dans le secret de l’isoloir, voteront plein d’amertume pour l’équipe adverse. On est très loin des principes républicains dont les élus se gaussent à longueur de meeting et très éloigné d’une politique de lutte contre le chômage.

Merci not’ bon maire !

Après ce parcours du combattant, les plus chanceux pourront se retrouver dans quelque emploi subalterne à la mairie. Là, ils découvriront une ambiance particulière : taylorisation accrue du travail, omnipotence d’une hiérarchie pléthorique. A la Ville, il faut filer droit au boulot et à l’extérieur du boulot. Quand le jeune Riad est assassiné par la police à Lille-sud, les employés municipaux présents dans les manifestations de protestation seront convoqués par l’administration. Les précaires de la Ville qui ont l’outrecuidance de se plaindre de leur situation dans les meetings d’Aubry connaîtront le même sort. L’administration leur rappela leur " devoir de réserve " en tant que fonctionnaire et leur expliqua qu’on ne peut être avec elle et contre elle. Le règne des petits potentats administratifs et le climat de harcèlement moral d’humiliation sur le petit personnel nous est décrit dans le texte de présentation du site internet du syndicat " CGT-communaux ", texte qui nous apprend également que les agents sujets à de telles pratiques n’osent même plus passer à la permanence CGT, de peur des représailles, et se contentent d’envoyer au syndicat des témoignages anonymes de leur calvaire.

Panorama syndical

C’est que la vie syndicale à la mairie est très particulière… Une CGT assez velléitaire qui, bien que bousculée par l’opiniâtreté de quatre emplois-jeunes des espaces verts, n’a pas réussi à mobiliser ses troupes dans les actions de solidarité avec ces jeunes (aux différents rassemblements de soutien, on a compté plus de " municipaux " CNT que CGT). Une FO omnipotente, forte de la gestion de la cagnotte des œuvres sociales, qu’elle transforme pour l’essentiel en activités de pêche, chasse et tradition (en oubliant la nature !). Syndicat qui par ailleurs ne monte au créneau que pour régler ses comptes avec les autres syndicats, comme lors des dernières élections au comité d’œuvres sociales (COS) où une liste concurrente (soutenue par la CGT et la CFDT) avait le mauvais goût d’après FO de proposer le bénéfice des prestations du COS aux précaires. C’en était trop pour FO ! Après la " France aux français ", les " prestations aux seuls fonctionnaires " ! Quant à la CFDT, fidèle en cela à sa politique confédérale, elle se veut plus royaliste que le roi, organisant des réunions sur les droits des emplois-jeunes animées par P. de Saintignon (bras droit d’Aubry et exécuteur du licenciement des emplois-jeunes en grève). La CFDT atteint des sommets du surréalisme social en organisant des réunions sur les droits des salariés… animées par leur patron.

Avec une CGT velléitaire, une FO régnant sur sa cave à pinard et une CFDT plus que complaisante, on a du mal à croire que le personnel de la ville de Lille mena pendant le printemps 68 une grève parmi les plus longues et les plus subversives du mois de mai. Les rapports des élus avec les syndicats prêteraient plutôt à rire si la situation n’était pas si dramatique. Lors d’une des dernières réunions paritaires, alors qu’un représentant syndical s’inquiète auprès de J.L. Frémaux (élu délégué au personnel) du manque de transparence dans l’application du régime indemnitaire et demande poliment si les représentants salariés ne pourraient pas obtenir les textes réglementaires, le sieur Frémaux répondra à la requête (nous citons dans le texte) : " Oui, ces textes existent, mais leur lecture est ardue et trop compliquée… ". Plus récemment, la Ville a décidé de sanctionner financièrement les salariés obtenant une note (car les fonctionnaires sont notés annuellement !) inférieure à 15. Cette décision fut rejetée à une large majorité par la commission paritaire, mais maintenue par la mairie. On peut voir là l’inefficacité totale des politiques syndicales faisant des élections paritaires un enjeu majeur… et la volonté anti-sociale délibérée de nos élus de " gauche ". Elus qui se cantonnent dans le symbolique : rappelons qu’Aubry était venue signer son 200 000 ème emploi-jeune à Lille et que Rocard avait signé son 200 000 ème CES à Roubaix… C’est dire dans quelle estime la " gauche " porte le droit du travail ! 

Section CNT des personnels municipaux de la ville de Lille.


EMPLOIS-JEUNES : LA MAIRIE DE LILLE CONDAMNEE AUX PRUD’HOMMES !

La mairie de Lille a été condamnée jeudi 8 février 2001 par le tribunal prud’homal de la ville à verser 82 000 francs de dommages et intérêts (soit l’équivalent d’une année de salaire) à chacun des trois emplois-jeunes dont elle n’avait pas reconduit le contrat en juin dernier.

Les trois emplois-jeunes avaient été recrutés par la municipalité pour assurer l’animation des espaces verts de la ville. Ne disposant pas des moyens nécessaires pour remplir leur tâche et employés en réalité comme jardiniers, les emplois-jeunes avaient protesté auprès de la mairie. En vain ! La mairie ayant dissous le service auquel ils appartenaient et souhaitant les muter dans d’autres fonctions, les trois emplois-jeunes s’étaient alors mis en grève et avaient campé pendant plus d’une semaine devant l’hôtel de ville.

Le 2 juin 2000, soit deux ans après la signature de leur contrat, la mairie leur signalait qu’ils avaient commis une faute en ne déposant pas de préavis avant de se mettre en grève et qu’ils pouvaient “ aller se faire voir ailleurs ”. En clair, ils étaient virés !

Le tribunal des prud’hommes a réfuté l’argumentation de la mairie concernant la soit-disant obligation pour les emplois-jeunes de déposer un préavis de grève. Bref, un salarié de droit privé exerçant dans le secteur public n’a pas à se conformer à la réglementation sur le droit de grève en vigueur dans ce secteur.

Suite à ce jugement, la mairie a confié l’affaire à ses avocats afin d’étudier la possibilité de faire appel… Continuant à ne pas reconnaître ses tords sur le fond du dossier (“ ces emplois-jeunes ne voulaient pas travailler ” a déclaré Martine Aubry sur France 3) - mais consciente des erreurs commises lors de la procédure de licenciement - la mairie a finalement décidé de jeter l’éponge.

CNT-Lille


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