Extraits des numéros précédents
Syndicalisme et langues régionales
Notes de lecture ( répression, ne crie pas, prison, Rewidiage)
Autogestion d'une mine au Pays de Galles
Tout va très bien, tout va très bien : partage des fruits de la croissance
La société de classes n'existe plus !?
Formation professionnelle... entre émancipation et contrôle social !

SYNDICALISME ET LANGUES REGIONALES
L’exemple des mineurs “ nordistes ” au début du siècle
Fondée en janvier 1904, "L’action syndicale" est
l’organe de la fédération des mineurs du Nord et du
Pas de Calais, mieux connue sous le nom de "jeune syndicat" (par
opposition au “ vieux syndicat ” du socialiste Emile
Basly). La rédaction du journal est chez
l’anarcho-syndicaliste Benoît Broutchoux (1), à
Lens…
Pendant sept ans, "L’action syndicale" va publier des chansons, des nouvelles et des pièces en picard. La langue française, en effet, n’est pratiquement pas utilisée dans les milieux populaires à cette époque. Les dirigeants des syndicats réformistes et corporatistes du pays minier l’emploient d’ailleurs systématiquement pour flatter les "gueules noires". Comme on s’en aperçoit à la lecture de "L’action syndicale", l’attitude des syndicalistes révolutionnaires, quant à elle, va beaucoup évoluer… En effet, si le picard permet dans un premier temps d’exprimer le bon sens populaire (à l’encontre des patrons et des politiciens), il est rapidement associé au discours du "vieux syndicat". C’est ainsi qu’on peut voir apparaître, dans les textes publiés en picard, des phrases rédigées en français et attachées à l’expression d’une idéologie "positive", celle du "jeune syndicat", celle des mineurs qui choisissent de se tourner vers le syndicalisme révolutionnaire.
Courant 1904, l’équipe rédactionnelle n’utilise plus le picard que dans les textes mettant en scène des "baslycots". En 1906, Benoît Broutchoux lui-même publie cette note dans le numéro du 4 novembre : "Ceci dit en toute camaraderie et sans vouloir jouer au maître d’école, que nos collaborateurs ne se formalisent pas si nous améliorons et discutons leurs articles. C’est un excédent de travail dont nous nous passerions volontiers. Dans l’intérêt des lecteurs, des collaborateurs et du journal, il faut que les articles soient francisés et cela afin qu’ils soient des facteurs de l’éducation. Nous n’agissons pas ainsi par autoritarisme ou sectarisme, mais dans le but de favoriser la propagande chère à tous". Bref, la langue picarde est définitivement rejetée parce qu’associée à un certain nombre d’éléments ou de groupes sociaux jugés négatifs ou rétrogrades (voir par exemple le texte reproduit en annexe ci-dessous). Et tandis que le picard est minoré parce qu’il s’inscrit dans le corporatisme professionnel et régional (au détriment de l’unité et de la conscience de classe), le français est valorisé pour deux raisons : parce que c’est la langue de "l’éducation du prolétariat" (2) et parce qu’elle permet aux travailleurs, quel que soit leur lieu d’implantation géographique, de se comprendre et de se battre tous ensemble contre l’Etat et le patronat.
Qu’en penser aujourd’hui ?
Quoique les arguments du "jeune syndicat" soient tout à fait
valables (et que nous les partagions), il est dommage que son attitude
au sujet du picard n’ait pas été plus
nuancée. Car d’une certaine manière, nos camarades
ont participé à l’écrasement d’une
langue régionale. Idem pour les anarcho-syndicalistes et
syndicalistes révolutionnaires de Roubaix, Tourcoing, Bailleul
et Dunkerque qui, à notre connaissance, n’utilisaient
guère le flamand dans leurs publications (malgré la
présence de plus de 150 000 habitants de la région
parlant cette langue depuis plusieurs générations et
malgré l’afflux de nombreux travailleurs transfrontaliers
venus de Belgique). Rappelons que de nombreux militants, à la
même époque, ont lutté pour le maintien des langues
régionales (l’utilisation du parler beauceron
n’empêchant pas Gaston Couté de remporter un beau
succès dans les cabarets parisiens).
Aujourd’hui, les syndicalistes révolutionnaires se doivent
de respecter les langues régionales (basque, breton, corse,
catalan, occitan, alsacien, flamand, picard, créole...). Mais
attention ! Cette position doit être le reflet de notre
philosophie fédéraliste et autogestionnaire. Elle ne doit
tomber en aucun cas dans un quelconque nationalisme régional ou
ethnique. Les langues de l’immigration (arabe, berbère,
portugais, polonais…) sont d’ailleurs également
à protéger ; toute cette diversité ne remettant
nullement en cause notre attachement à une langue commune,
outils indispensables en matière de communication et de dialogue
(3). Pour conclure et afin de lever toute ambiguïté,
n’oublions pas que l’Etat et la patronat restent des
structures de domination et d’exploitation… quelle que
soit la langue qu’ils utilisent pour nous diriger et nous
exploiter !
Eric Dussart (CNT-Lille).
Notes :
1) Benoît Broutchoux (1879-1944), anarcho-syndicaliste fondateur de la CGT dans le bassin minier du Nord / Pas de Calais, défenseur avant l’heure de la libre maternité, s’illustra notamment pendant la grève qui suivit le "crime de Courrières" (un coup de grisou qui fit 1 101 morts à Courrières le 10 mars 1906). Pour en savoir plus sur Benoit Broutchoux, cliquer ici.
2) Bien que très méfiant vis à vis de l’école “républicaine”, le mouvement syndicaliste révolutionnaire croyait néanmoins profondément aux vertus de l’instruction publique. Avec la syndicalisation des premiers instituteurs, il a en outre été amené à soutenir de plus en plus l’école laïque…
3) Le français sur le plan national…. Quant à l’utilisation d’une langue commune sur le plan international, la question reste à creuser (l’anglais étant devenu l’un des vecteurs de l’impérialisme nord-américain). Signalons à ce propos que des militants de l’union locale CNT de Lille se sont mis à l’apprentissage de l’espéranto.
Annexe :
Ci-dessous un texte publié dans “L’action syndicale“ du 9 janvier 1910 et utilisant le picard. Ce texte mériterait à lui seul un long commentaire (notamment sur l’image de la femme). Notons simplement qu’ici, le débat se place à l’intérieur du « jeune syndicat » (le syndicat CGT des mineurs fondé par Benoît Broutchoux dans la région de Lens) et du mouvement libertaire. C’est ainsi que le courant individualiste est ridiculisé au profit du courant collectiviste et anarcho-syndicaliste.
LE FIL À SOPHIE
La scène se passe dans les corons du "Nouveau Monde" près de la fosse (1) que vous voulez. Il est 8 h du matin. Pendant que les hommes sont à la fosse, les femmes boivent la bistouille (2). Et le dialogue suivant s'engage :
- Si té savot qué bon homme que j'ai. Y n'bot point, y n'feume point, y n'chique point.
- Ch'est pas comme l’mien. Y li faut des sous pou d'aller au cabaret, pou acater sin toubaque (3). Et y n'dévalrot point (4) sans s'bistouille d'dix sous.
-
L'mien a été comme l’tien, avant. Mais à s’teur qu'il est, dev'nu
anarchisse. Yé gentil comme eun imache. Hier cor’, yé d'aller à Lins, à
ch' marqué, aveuc quat' doubs (5) dins s'poche et yé r'venu aveuc cinq.
- Qué chance éq t'as, ti. J'voudros ben qué l'mien y soche anarchisse aussi.
- Jé n'té laisse point finir. Avant, il étot du syndicat, mais à s’teur, y n’ié pu. Ch’est cor' des dépinses in moins.
- Te do met' bon train des sous d' côté, ti-z-aut', si t'n homme y n'dépinse pu rin.
- Ben, in a quéques économies, surtout que m' n’homme y fait longue-coupe (6) et mimme, il oeuv' l'diminche.
- J'avos intindu dire qu'les anarchisses y voulotent supprimer l'argint ?
-
Ben oué, in l'dit, mais in attindint, y faut viv'. Et l'filosophie
anarchisse, in in minge que l'diminche à l'réunion du groupe.
- Quo é qu'ch'est l'fil à Sophie ? Té minge l'fil à Sophie l'diminche ?
- Ben non. Qu' t'es sotte, ma pov' Bertine. Mi, j' n’y conno pas grand cose, mais l'filosophie anarchisse, c'est l'anarchie.
- Et l' anarchie,quo é qu'ch'est ?
- L'anarchie, qu'in dit, l'anarchie... c'est l'filosophie anarchisse !
- Té répéte toudi l'mimme.
-
Mi, j'te dis c'que m'n'homme y m'dit. Pour mi, l'anarchie, ché que m'
n'homme y n'bot point, y n'feume point, y n'chique point, y n'dépinse
pu rin.
- Ch'est malheureux qui minge cor’, t'n'homme. Sans quo, y s'rot in anarchisse complet.
- Si fait, qu'y minge, mais y minge li tout seu.
- Ti et tes éfants, té n'minge point aveuc ?
- Ben non, yé individualisse !
- Tout cha, ça me simble drôle. J'ai incor pu quer (7) qué m'homme y reste au syndicat. Si tertous étotent syndiqués, ça s'rot mieux qu' ça n' va.
- Chacun fait à s’mode…
- J’m’in va, Zoé. Tin fu (8) yé éteint.
Florent Decelle dans “L’action syndicale“ du 9 janvier 1910.
Notes lexicales :
1) la mine
2) mélange de café et d’alcool de genièvre
3) acheter son tabac
4) il ne descendrait pas
5) quatre sous
6) des heures supplémentaires
7) je préfère encore
8) ton feu
Chez les Mulliez, on reste en famille pour cultiver son groupe :
Auchan, Décathlon, 3 Suisses, Boulanger, Phildar, Pizza
Paï, Norauto, etc. On n’introduit pas le groupe en bourse,
on en crée une pour la famille (la "Cimovan" avec 250 porteurs).
A Auchan, contrairement aux confrères de la grande distribution
(cf. Leclerc) et à l’air du temps, on ne verse pas dans la
défense de l’environnement. Ici, on est catholique et on
s’inquiète d’abord de l’écologie de
l’âme ; on fait dans le caritatif avec les "Papillons
Blancs" ou dans le financement du voyage du pape. Dans le groupe, on se
veut les derniers représentants du catholicisme social. Les
salaires y sont particulièrement bas, mais "plus de 90 % des salariés d’Auchan sont actionnaires de l’entreprise"
déclare le patriarche Gérard Mulliez. Mais attention ! Ne
mélangeons pas les torchons avec l’eau
bénite… les salariés n’auront de
participation que sur le fond de commerce des magasins ! Pas question
d’ouvrir le capital du groupe !
La compassion chrétienne de la famille s’arrête
à la porte du groupe. Le quotidien des salarié(e)s est
loin de ressembler au jardin d’Eden : précarité
massive, temps partiel, travail du dimanche, travail en flux tendu,
émiettement de la journée de travail, etc. Et surtout,
ici, on n’aime guère les brebis galeuses. A Auchan-Le
Havre, par exemple, 136 salariés jugés trop
âgés et surtout trop syndiqués ont
été virés et remplacés par des jeunes
à temps partiel !
Malgré le fait que Gérard Mulliez soit
crédité d’une fortune personnelle de plus de 59
milliards de francs et que le groups tourne autour de 200 milliards de
francs de chiffre d’affaires (chiffre approximatif, car
c’est un secret de famille !), Auchan reste très friand de
subventions publiques (pourquoi se gêner ?). Derniers exemples
dans la région : 400 000 F octroyés par le Conseil
régional pour l’implantation d’une Pizza Paï
à Roncq au titre de l’aide à la "formation des
salariés" (formés aux flux tendus et à la
flexibilité sans doute !?) et 2 millions de francs pour
restaurer un terrain qui sera rétrocédé à
Décathlon. Décidément, le Conseil régional
dirigé par la "gauche" plurielle est plein de sollicitude pour
la famille Mulliez…
Joao-Manuel (CNT-Lille).
MEMOIRE SOCIALE
( 1892 - 1914 )
Une vie de militant syndicaliste révolutionnaire, ça laisse moins de traces dans les mémoires que des bouquins théoriques, des exploits sportifs, des attentats à la bombe, des postes de notable ou d’élu politique… Les quelques camarades sélectionnés ci-dessous ( parmi tant d’autres malheureusement tombés dans l’oubli ) font partie de ces individus qui ont marqué l’histoire de la région par leur action directe et concrète, leur vitalité, leur personnalité. Membres de la CGT (à l’époque ou celle-ci incarnait encore les valeurs du syndicalisme révolutionnaire ), ces militants restent aujourd’hui les pères fondateurs d’un mouvement auquel la CNT ( créée en 1946 suite à la " stalinisation " de la CGT ) a décidé de redonner ses lettres de noblesse…
Le plus actif des militants syndicalistes révolutionnaires de la métropole lilloise fut Jean-Baptiste Knokaert. Né à Tourcoing en 1877 de parents belges, il fut expulsé de la région pour avoir participé en 1895 à des manifestations anti-patriotiques. Quelques années plus tard, il devint membre du conseil fédéral des syndicats du textile et réussit à briser le monopole guesdiste ( courant marxiste et réformiste dirigé par Jules Guesde ) à Roubaix et Tourcoing. Autre figure marquante du syndicalisme révolutionnaire dans la métropole lilloise, Liénard fut le premier secrétaire de la Bourse du Travail de Tourcoing en 1900. L’année suivante, il est nommé délégué au congrès de Lyon des Bourses du Travail et secrétaire de la fédération CGT des syndicats de Roubaix. Ces deux militants participèrent à la publication du journal " Combat " qui, de 1906 à 1914, vit son tirage passer de 1 500 à 4 000 exemplaires ( et ce malgré la prépondérance des idées réformistes dans la région lilloise ).
A Dunkerque, l’influence de Willaert se fit sentir de la fin des années 1890 jusqu’en 1914. Secrétaire du syndicat des marbriers ( puis du syndicat du bâtiment), délégué au congrès d’Amiens de la CGT en 1906 ( puis au congrès du Havre en 1912 ), il participa à la publication de " La défense sociale " et à l’animation de la Bourse du Travail. Cette dernière constitua un véritable foyer de réflexions et d’actions révolutionnaires fréquenté par les 2 150 membres du syndicat du bâtiment et les 3 750 adhérents du syndicat des ouvriers du port (structures dans lesquelles les syndicalistes révolutionnaires étaient très présents). Remarquons au passage que le rayonnement de la Bourse du Travail de Dunkerque fut plutôt atypique dans la région Nord / Pas de Calais. En effet, si les Bourses du Travail sont considérées à juste titre sur le plan national comme les pépinières du syndicalisme d’action directe, elles connurent dans notre région un développement lent et limité et furent, pour la plupart, contrôlées par le parti socialiste de l’époque.
Dans le valenciennois et le douaisis, le syndicalisme révolutionnaire se développa grâce à l’action de Delzant. Président du syndicat des verriers de Fresnes-Escaupont en 1904 et secrétaire de la fédération nationale des verriers ( dès sa création en 1902 ), il fut également directeur de publication de " La voix des verriers ", l’organe national de la corporation. Comme Knokaert, Liénard et Willaert, il joignit à son engagement syndical une intense propagande anti-militariste. C’est d’ailleurs pour " provocation à des militaires dans le but de les détourner de leurs devoirs militaires " qu’il fut condamné en 1912 à un an de prison par le tribunal correctionnel de Valenciennes. Mais l’influence du syndicalisme révolutionnaire dans cette partie de la région ne se limita pas aux verreries. C’est ainsi que Berthet, très proche de Benoît Broutchoux ( voir ci-dessous ), fut nommé en 1906 secrétaire du syndicat CGT des mineurs de Denain et que Hénin et Bonneau, eux aussi très proches de Broutchoux, firent adopter en 1904 par le syndicat des métallurgistes d’Anzin une ligne anarcho-syndicaliste en rupture avec la tradition réformiste qui était la sienne jusqu’alors.
Dans la région de Lens, Benoît Broutchoux occupa une place prépondérante dans le syndicat des mineurs fondé en 1903 en opposition à celui d’Emile Basly ( député-maire socialiste ) et il y fit triompher les thèses du syndicalisme révolutionnaire. Le journal qu’il créa en 1904, " L’action syndicale ", tira à 5 000 exemplaires, certains numéros étant parfois imprimés jusqu’à 12 000 exemplaires. Militant syndicaliste original et gouailleur, perçu comme un véritable " héros populaire " dans les corons du pays minier, il s’illustra notamment dans la grande grève qui suivit la " catastrophe de Courrières " ( un coup de grisou qui en 1906 fit 1 101 morts ).
Eric Dussart ( CNT - Lille ).
Sources :
Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire dans le Nord - Hervé Merchiers - Université de Lille III - Mémoire de maîtrise ( histoire contemporaine ) - octobre 1979.
TEST
A) Et puis quoi encore ? Ils voudraient peut-être que leur donne les clefs de ma Rolls ?
B) Etant donnée la " conjoncturactuelleetletraitédeMaas-tricht ", ce n'est pas possible. Mais on n’est pas vache, on vous file 3, 75 F de prime de chaussures !
C) C’est bien le minimum… et des millions de salariés auraient tout intérêt à faire de même !
A) Mais c’est normal ! La hiérarchie, c’est naturel… D’ailleurs, regardez mon fils, Charles-Henri, à 5 ans il sait lire et écrire.
B) C’est choquant, grands dieux, c’est choquant ! Heureusement, nous avons porté le taux de l’impôt sur les grandes fortunes à 0,3 %.
C) Ce type là est un enfoiré comme tous ceux de son espèce.
A) Quelle classe, quel courage !
B) C’est bien triste, surtout pour les élus du personnel. Mais enfin, nous, on n'y peut rien. C’est vrai quoi à la fin…
C) Si on s’occupe de leurs usines et qu’on " bouscule " leur siège social pour la ré-intégration de tous, ils y réfléchiront à deux fois la prochaine fois.
A) Des ouvriers crasseux et sanguinaires manipulés par les gauchistes.
B) Un dysfonctionnement intempestif du tissu social. Non, ne prononcez pas le mot " grève " ! On est à l’aube du 21ème siècle tout de même…
C) Ça nous change du réformisme bêlant, de la bureaucratie syndicale et des magouilles politiciennes.
A) Albert, fais quelque chose ! Charles-Henri vient de dire un gros mot !
B) Mais c’est fini tout ça, c’était bon en 68 ! Aujourd’hui, la classe ouvrière n’existe plus. La preuve ? Je n’en fais pas partie…
C) Une réalité de chaque jour. Et en plus, on fait tout pour la gagner !
RESULTATS DU TEST
Vous avez une majorité de réponses A :
Vous êtes un membre du patronat ou un des ses laquais. Vous avez la carte du RPR ou celle de l’UDF. Vous êtes de ceux qui dénoncent les grévistes et les harcèlent sans relâche. Vous êtes du parti des exploiteurs, des crapules qui se nourrissent de la sueur des autres en lisant Jean-loup Sulitzer. Franchement, faudra pas pleurer quand ça vous retombera sur la gueule…
Vous avez une majorité de réponses B :
Vous êtes du genre timoré. Vous votez PS, mais vous ne faites pas de politique. Vous rêvez de finir comme Nicole Notat. Vous êtes partisan du dialogue social, même quand on vous botte le cul. Vous nous gonflez ; la classe ouvrière se fout de vos sermons !
Vous avez une majorité de réponses C :
Vous en avez assez des patrons et des politicards qui nous exploitent et nous bernent. Vous avez envie de vous battre contre cette vermine, solidairement avec les autres salariés et en organisant démocratiquement votre lutte. Vous voulez d’un syndicat fait pour ses adhérents et par ses adhérents, pas d’une bureaucratie. Vous voulez des formes de lutte radicales, pas des négociations-bidons et des entourloupes de négociateurs patentés. Vous voulez vous battre pour tous, et pas seulement pour la corporation des allumeurs de becs de gaz. Enfin, vous voulez une société gérée par tous, où chacun vit également du travail de tous, et non pas une minorité sur le dos du plus grand nombre. Dans ce cas, nous avons beaucoup de choses à nous dire et à faire ensemble. N’hésitez pas à nous contacter !
LA SITUATION A LA " POSTE "
Non, le passage aux 35 heures ne s’effectue pas en douceur à la Poste, ceci contrairement à ce que laissent entendre les technocrates des directions dans toutes leurs publications. Malgré l’intox, nous savons que des centaines de conflits locaux éclatent ici et là. La résistance existe ! Et il y a à cela une bonne raison : l’ARTT à la Poste est une arnaque qui permet aux dirigeants d’aménager le temps de travail selon des critères précis (peu ou pas de créations d’emplois, flexibilité des organisations et mobilité ). Ils ne se préoccupent nullement de nos conditions de travail. Leur objectif est simple et aussi vieux que le capitalisme lui-même : réaliser des gains de productivité !
Ainsi, aux guichets des bureaux de poste, il n’y a quasiment aucune création d’emploi. Le passage aux 35 heures se réalise sur le dos des guichetiers et celui des usagers. A certaines heures, là où il y avait 3 guichetiers, il n’en reste plus que 2. Le stress du guichetier augmentera proportionnellement à la file d’attente, mais les coûts pour la Poste seront moindres. Il faut noter que rares sont les conflits aux guichets, alors les dirigeants ne se gênent pas pour " tondre le mouton ". A la distribution, il faut des conflits durs pour arracher quelques emplois. Presque partout, c’est le projet du " siège " qui s’applique : les 35 heures par repos cyclique hebdomadaire ou, toutes les 6 ou 8 semaines, l’octroi d’une semaine de repos supplémentaire (le tout sans pratiquement aucune création d’emploi ). Mais après avoir imposé ces repos, la Poste met en place un nouveau système de congés : chaque agent aura un compteur individuel. Selon les jours où il posera des CA, on lui créditera ou débitera ses heures. En fin d’année, si le solde est positif, ses RC seront crédités. Si le solde est négatif, des heures seront piquées sur… le repos de cycle !
De plus, la Poste essaie partout de banaliser le travail du samedi pour qu’il devienne un jour comme les autres ( à la distribution, il deviendrait obligatoire de faire passer tout le trafic ) ; un jour " normal " alors que ce jour là, tous les crânes d’œuf des directions font la grasse matinée et se la coulent douce !
Préparer la grève générale dans l’unité ou préparer la campagne électorale d’octobre 2000 dans la division ?
Les syndicats traditionnels ne préparent aucune lutte nationale longue. Pourtant, les salariés des impôts, de la santé et de l’école ont réussi à se battre tous ensemble. Il est vrai que nous entrons dans une période pré-électorale, avec les élections aux CAP le 24 octobre 2000. Chaque syndicat se positionne déjà dans la perspective de cette échéance. Nous pensons que les syndicats qui se préoccupent des élections, et non de l’action, ne répondent pas aux aspirations des salariés. Il est extrêmement grave de brader la lutte revendicative pour un plat de lentilles électoral. Souvenons-nous : à France Télécom, les syndicats majoritaires sur le plan électoral étaient opposés à la réforme ; cela a-t-il empêché la privatisation ? C’est sur le terrain social qu’il faut être majoritaire… pour gagner !
Raphaël (CNT - PTT).
A l’heure où la grève administrative des directeurs frappe de nombreuses écoles élémentaires et maternelles, n’est-il pas temps de débattre du problème de fond qu’est la direction d’école ?
Cette question semble d’autant plus urgente que les arguments avancés en faveur de cette grève administrative ( et donc par là même d’une demande de moyens supplémentaires ) sont judicieux : " des moyens pour transformer l’école, développer le travail d’équipe, ouvrir l’école, permettre de travailler avec les partenaires de la communauté éducative... ".
Comme si les enseignants, et notamment les directeurs, attendaient un signal pour transformer l’école… nous pouvons en douter ! Sinon, de vrais changements auraient vu jour depuis longtemps !! Cela étant dit, si telle est la volonté générale, alors nous proposons à tous une organisation de bon sens pratiquée déjà au sein de quelques écoles : la direction collégiale et coopérative comme alternative à la direction unique et solitaire !
Une organisation qui :
Des expériences de ce type existent. Elles ont été observées et analysées. Elles ont démontré leur intérêt quant au fonctionnement des écoles et quant à leur ancrage dans une transformation de celles-ci.
Les moyens que nous revendiquons :
Il est temps d’explorer de nouvelles voies dans la gestion et la dynamique de nos écoles. Et, en cela, une grève administrative est loin d’être suffisante…
LETTRE-TYPE POUR REFUS D’INSPECTION DANS LE 1er DEGRE
Nom et prénom
Instituteur/trice à l'école X
Date
A l'attention de Monsieur / Madame Y,
Inspecteur/trice de l'Education Nationale
( circonscription de Z )
Monsieur ( Madame ),
Militant syndicaliste et pédagogique partisan d'une transformation profonde du système éducatif, je m'interroge depuis quelques années sur le problème de la notation et de l'inspection. Suite à aux entretiens que j'ai eu avec plusieurs responsables d'organisations syndicales, j'ai décidé de franchir le pas et de joindre le discours à la pratique…
Parce que je suis favorable à la suppression de la note et à l'avancement pour tous au rythme le plus favorable,
Parce qu'à mon avis les modalités de mutations doivent être modifiées pour permettre les regroupements d'enseignants autour de projets pédagogiques,
Parce que les interventions d'un inspecteur ne sauraient remplacer la formation continue et que l'accès à cette formation ne doit pas être soumise à une sélection par barême,
Parce que l'inspection est inutile face aux difficultés du métier ( effectif, échec scolaire, etc. ),
Parce qu'un jugement noté n'a jamais apporté d'aide constructive et qu'un IEN ne peut être à la fois inspecteur et conseiller-formateur,
Parce que je ne conçois pas d'évaluation de l'action éducative par quelqu'un qui lui est extérieur, ni de contrôle des personnels dans un rapport hiérarchique et individuel ( pour moi, il ne saurait y avoir de collaboration pédagogique en dehors du cadre collectif et égalitaire d'une équipe ),
Parce que l'inspection-notation est une institution rétrograde qui entraîne la soumission, l'infantilisation, la division des personnels, renforce leur isolement et cautionne l'immobilisme…
Pour toutes ces raisons - et conformément aux consignes de mon organisation syndicale -, je vous informe de la volonté de ne plus être inspecté. Je tiens à préciser que cette décision n'est en aucun cas liée à une quelconque antipathie personnelle à votre égard et que je reste ouvert ( à condition que ce soit dans un cadre égalitaire ) au dialogue, aux conseils et à la critique pédagogique.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, etc, etc.
BAVURE POLICIERE : UNE MORT DE TROP
Réflexions sur la mort d’un " jeune lillois "
Un jeune Lillois, Riad Hamlaoui, a été tué d’une balle dans la nuque par ce qu’on a coutume d’appeler un gardien de la paix. Dans les romans ou dans les films, une telle mort porte les noms les plus frappants. Mais il ne s’agit ni d’un roman, ni d’un film. Un jeune Lillois, un jeune prolétaire, est mort d’une balle dans la nuque, et c’est tout Lille qui pleure, car-même s’ils ne savent pas qu’ils pleurent-ils sont nombreux les prolétaires, à Lille.
La presse nous dit que Riad, âgé de vingt-trois ans, était algérien, et nous nous étonnons, son père nous apprenant avoir travaillé depuis trente ans en France, que Riad ne fût point lillois. Il faudra bien, un jour, passer outre ce fichage absurde, mensonger, insensé : " Arabes ", " Français " ; à commencer par la presse quand elle rapporte des choses aussi définitives que la mort de Riad, notre frère devant l’éternel.
Il y a toujours un étranger
En France, la grande majorité des " Arabes " sont français, et la grande majorité des Français, en tout cas à Lille, sont d’origine étrangère : belge, polonaise, portugaise, italienne, allemande, africaine, asiatique, amérindienne même, etc. Où est le hiatus ? Combien faudra-t-il encore de morts, car il commence à y en avoir beaucoup, avant qu’une telle chose, à l’évidence, apparaisse ? La division en Français dits " de souche ", en " Arabes ", en Africains, en Asiatiques, etc., est fort commode, parce qu’elle permet de morceler la peur qu’inspire aux nantis le prolétariat. Mais pour le petit peuple de Lille, une telle division n’existe pas essentiellement. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contradictions relatives, mais ces contradictions relatives ne se rapportent jamais à une division en Français dits " de souche " et en Maghrébins, par exemple, seulement aux conditions de cohabitation qu’infligent les nantis au petit peuple à l’intérieur d’une paix sociale par eux soigneusement cadenassée.
Il serait malséant de prétendre que là, sur le champ, la mort de Riad doive ou puisse ultimement servir à quelque chose. Pourtant, à travers cette mort, bien au-delà de la seule communauté maghrébine, c’est dans notre humanité à tous que quelque chose n’en finit pas de vibrer. Avons-nous le choix ? La douleur et la colère n’ont pas de patrie, pas de communauté, pas de couleur de peau, pas de clan, -- Riad était bien des nôtres ! -- et la mise en accusation de la société qui a commandité un tel meurtre, entre forclusion sociale et miradors, doit être l’oeuvre, désormais, de notre rassemblement. Non, nous n’avons pas le choix. Pour paraphraser Léon Bloy, nous affirmons que l’histoire de la communauté originaire d’Afrique du Nord ne semble barrer la compréhension présente de notre pratique que comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau. Or cette élévation du niveau, quand elle monte des quartiers, des faubourgs, des banlieues, c’est toujours vers la plus belle mosaïque du monde qu’elle converge : à Wazemmes !
Une mosaïque d’individus
A la police politicienne qui, telle Tartuffe, ne sait plus que se la jouer à la mascarade, à l’arrivisme éhonté, à l’esbrouffe, à la pantalonnade (" Entre nous, bourgeoisie et prolétariat, ça avait tout de même une autre gueule que beurs et keufs, non ? " dixit Jean-Pierre Chevènement) le peuple, le petit peuple, le prolétariat, a toujours su qu’il n’avait pas d’autre alternative que de converger. Wazemmes - et c’est dire si Lille porte en son sein une très longue tradition - est le coeur et le symbole de cette convergence politique qui jusqu’ici, en toute naïveté, a cru bon devoir taire son intime signification.
Mais c’est fini. Le monde se resserre au-dehors, et le monde se resserre au-dedans, avant qu’il ne s’étrangle pour la jubilation des bernard-l’hermite du coeur et de l’esprit, tantôt socio-démocrates, tantôt néo-libéraux, mais toujours comme larrons en foire ; le Joyeux Parti Communiste (voir note ci-dessous) adjure jeunes, vieux, femmes, hommes, sans-le sou, sans abri, sans travail, sans papiers, marginaux, nouveaux pauvres, anciens riches repentis, croyants, athées, déviants, ouvriers, fainéants, militants des grandes causes, cyclistes, poètes, immigrés, paysans, hachischins, alcooliques, fous, étudiants, péripatéticiennes, opiomanes, délinquants, amis de la sagesse, amis des bêtes, ennemis de la bêtise enfin, de se ressaisir dans l’intelligence de leur communauté d’intérêts la plus vitale : sous les auspices de Riad, notre frère abattu d’une balle dans la nuque par un gardien de la paix sociale, un comité doit se constituer, qui mettra en accusation publique, avec des dossiers, des témoignages à l’appui, le système carcéral généralisé qui non seulement rend possible, mais encore commandite la ségrégation jusque dans ses moindres recoins.
Avant Riad
Avant Riad, il y eut Abdelkader Bouziane, 16 ans, une balle dans la nuque, en Seine-et-Marne, en 1997. Fabrice Fernandez, 24 ans, une balle dans la tête, à Lyon, en 1997. Habib, 17 ans, à Toulouse, en 1998, etc, d’autres suivront, n’en doutons pas. " La terre n’appartient qu’aux hommes / L’oisif ira loger ailleurs... " écrivait, dans un hymne exécuté pour la première fois à la fête des travailleurs de Lille, en 1888, le poète révolutionnaire Eugène Pottier. Les renégats l’ont oublié, mais non ses Gavroche de tous les pays. Il est plus que temps, maintenant, que refleurissent nos objections.
Guy Ferdinande
Note de la rédaction : Le "Joyeux Parti Communiste" est une association lilloise qui reprend à son compte la célèbre phrase d’Enrico Marxias : " Prolétaires de tous pays, tendez vos mains fleuries !". Rien à voir donc avec son homonyme, le Parti Communiste Français...
SOLIDARITE AVEC LA CONFEDERATION PAYSANNE !
L'union régionale des syndicats CNT du Nord - Pas de Calais se déclare solidaire des actions menées par les militants de la Confédération Paysanne et dénonce la répression dont ils sont victimes.
Au niveau national, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont toujours favorisé les puissants groupes de pression qui constituent la FNSEA, au détriment d'une agriculture de qualité respectueuse de l'être humain et de son environnement.
Au niveau international, les Etats de l'Union Européenne se sont soumis au diktat des multinationales et autres trusts de l'agro-alimentaire ( d'origine nord-américaine, mais pas seulement ) qui nous empoisonnent jusque dans nos assiettes à coups d'aliments transgéniques.
Il est déjà trop tard pour verser des larmes de crocodile alors que ces aliments génétiquement modifiés sont présents par milliers dans les supermarchés. Une fois de plus, cette situation catastrophique est le résultat de la soif de profits de groupes capitalistes qui nous imposent leur nouvel ordre mondial néo-libéral.
L'union régionale CNT appelle les travailleurs des villes et des campagnes, ainsi que les consommateurs, à se mobiliser pour refuser cet "ordre" là.
Boulogne-sur-Mer,
le 7 septembre 1999.
DES HOMMES DE " GAUCHE " POUR UNE POLITIQUE DE DROITE !
Lang - Mélenchon : un tandem pour désamorcer la contestation dans l’éducation…
Il est clair que la nomination de Lang et Mélenchon a pour but d’éteindre l’incendie dans le monde de l’éducation. En effet, le gouvernement - pour l’instant - n’a cédé en rien concernant la carte scolaire, les chartes néo-libérales initiées par Claude Allègre, l’annualisation et la flexibilité du temps de travail, etc. Certes, Lang et Mélenchon affichent une " sensibilité " différente de celle de leur prédécesseur. Mais n’est-ce pas Monsieur Mélenchon qui a déclaré dans " Le Monde " du 13 septembre 1999 : " L’enseignement doit s’adapter aux nécessités économiques du pays " ? Quelle différence avec le projet d’Allègre qui consistait à soumettre les lycées professionnels aux ordres et aux besoins à court terme du patronat local ? N’est-ce pas Monsieur Lang qui, lors de son passage au ministère de l’éducation en 92 - 93, a signé les fameux accords " Lang - Cloupet ", faisant ainsi bénéficier l’enseignement catholique de 93 milliards pris à l’école publique. N’est-ce pas lui, également, qui est l’auteur de l’arrêté qui porte son nom et qui organise la régionalisation du secteur universitaire sur le principe " à région riche, université riche ; à région pauvre, université pauvre " ?
CNT éducation - Lille.
SOURIEZ… VOUS ETES FILMES !
Le lycée Yourcenar de Beuvry ( Pas de Calais ) va être mis sur vidéo-surveillance. Il y avait pourtant d’autres solutions pour régler le problème des vols à répétition dans les casiers des élèves du secteur " hôtelier " : déménagement des casiers ou installation d’un bureau à proximité, renforcement du matériel…
Outre le fait que cette opération va coûter énormément d’argent, on peut s’interroger sur la légitimité d’un tel procédé. Voyeurisme, atteinte à la vie privée, espionnage des élèves et des personnels… les dérives habituelles sont à prévoir et aucun " cahier des charges " ne permettra de les éviter !
Comment en est-on arrivé là ?
Encouragé par le proviseur, le bureau des délégués ( sous l’impulsion de certains élèves de la section hôtelière ) organise une pétition visant à recueillir l’avis des élèves sur l’utilisation de la vidéo-surveillance. Cette pétition s’effectue par l’intermédiaire des délégués de classe ( prévenus ou non de l’initiative ). Il ne s’agit pas d’ouvrir un débat, mais de recueillir des signatures pour faire passer le projet de l’administration ; celle-ci se chargeant d’ailleurs de convoquer les délégués récalcitrants !
Dans le même temps, le bureau de la FCPE fait distribuer aux parents d’élèves, sous couvert du chef d’établissement, une note mettant en cause directement " certains professeurs " qui " s’opposeraient au projet ", livrant ainsi le personnel à la vindicte des parents et des élèves. Peu après paraît le procès-verbal du conseil d’administration du lycée. Dans ce texte, les professeurs soucieux d’ouvrir le débat sont qualifiés de " détracteurs ". Après la délation et la vindicte, la diffamation !
Que penser de tout ça ?
Jamais la distance entre l’administration et les personnels n’a été aussi grande (autoritarisme, valeurs éthiques et principes pédagogiques méprisés, etc. ). Les élèves, par ailleurs, ont été initiés à la " vie démocratique " ( manipulation des délégués, extorsion de signatures… ). Bientôt, ils le seront à la pratique de la " citoyenneté " ( vivre surveillé !? ). A ce propos, la confusion entre " sécurité " et " surveillance généralisée " est entretenue. A quand les vigiles ?
D’après des infos transmises par un prof de Béthune.
ASSISES REGIONALES DE L’INSPECTION DU TRAVAIL NORD - PAS DE CALAIS - PICARDIE
Le mardi 28 mars 2 000 se sont tenues à Tourcoing les assises régionales de l’inspection du travail qui rassemblaient des agents d’inspection et de contrôle venus des quatre coins du Nord - Pas de Calais et de la Picardie. Réunies à l’initiative de deux associations : l’ADPIT ( association de défense et de promotion de l’inspection du travail ) - les inspecteurs masqués qui avaient, l’an dernier, défié l’autorité de M. Aubry - et l’association VILLERME ( même raison sociale que l’asso précédente, mais au " recrutement " élargi ). Soixante contrôleurs et inspecteurs, sur les 150 que comprend la région, répondirent à cet appel. Celui-ci ne concernait en effet que les personnels affectés aux contrôles en entreprise pour ces 2 régions.
Peu habitués à se faire entendre collectivement, le réveil de ce corps de fonctionnaires est loin d’être un hasard inexpliqué. Il révèle au contraire les contradictions que l’état social démocrate impose de plus en plus au quotidien de ceux qui ont fait le choix de défendre les lois sociales.
L’ADPIT a été créée en 1996, soit un an après les grèves de 95, et a commencé à faire parler d’elle sous le ministère de M. Aubry et sa loi sur la RTT. Ces assises sont le prolongement de ce sursaut face aux menaces que fait peser sur les acquis sociaux un capitalisme ressourcé au vice de ses origines : le libéralisme sauvage.
En effet, il y était question de la déréglementation sociale qui s’opère insidieusement depuis une quinzaine d’années et que poursuit ce gouvernement de la gauche plurielle notamment par le biais de sa loi perfide des 35 heures Peu à peu, depuis 83, ont été introduites dans le Code du Travail des lois qui font perdre à celui-ci son caractère progressiste et qui reviennent sur une législation issue des luttes sociales. Ce sont en particulier les lois autorisant la modulation du temps de travail ( la flexibilité ) dont les premières remontent à 1983 et dans lesquelles s’inscrit la politique actuelle de M. Aubry.
Cette déréglementation sociale est organisée non seulement dans le contenu des lois, mais également dans la forme que prend la mise en place de cette nouvelle législation : la seule circulaire d’application de la loi Aubry fait presque 170 pages. S’y ajoutent les décrets appliqués à chaque secteur économique, les circulaires d’application de ces décrets ainsi que les différents accords signés dans les entreprises… Même une chatte avertie n’y retrouverait pas ses petits ! Comment est-ce possible d’appliquer une telle loi dans cette jungle de textes divers et variés ! Trop de lois tuent la loi !
Comme par hasard, rien n’a été prévu quant au contrôle de l’application de cette loi. Ainsi en est-il de la manière de décompter le temps de travail réellement effectué dans les entreprises. En ce qui concerne les créations d’emploi, même opacité ! En conséquence, les entreprises peuvent bénéficier des allègements sur les charges sociales sans que puissent être vérifiés le gain effectif en terme de temps de travail, le maintien de la rémunération et la création d’emplois. Ni vu ni connu, j’ t’ embrouille !
Cette complexification n’est évidemment pas innocente. Elle est le fruit du désengagement de l’état du champs social au bénéfice des " partenaires sociaux ", afin paraît-il de " prendre en compte les spécificités de chaque secteur économique et de chaque entreprise ". Comprenez que chaque patron peut faire des économies au détriment de ses salariés, puisque le taux de syndicalisation plafonne à 10 % et que les syndicats sont carrément inexistants dans les petites entreprises. Par ailleurs, ceci remet en cause le fondement même de la législation sociale puisqu’il n’y a plus d’égalité des salariés devant le droit du travail. Merci Martine !
Cette déréglementation passe aussi par la marginalisation du corps de l’Inspection du Travail. Marginalisation numérique : 1 500 inspecteurs et contrôleurs pour 15 millions de salariés, soit 1 pour 10 000 ! Marginalisation de ses fonctions : 20 % seulement des agents ont à charge le contrôle de l’application de la réglementation contre 80 % affectés au suivi des mesures à l’emploi. Il s’agit de vérifier les dossiers d’accords d’entreprise, les dossiers emplois-jeunes, les dossiers des CES, les dossiers COTOREP… avant d’offrir les cadeaux financiers de l’Etat aux entrepreneurs. Ainsi entérinent-ils la précarité des salariés, reniant ainsi la fonction même de l’Inspection du Travail.
Certes, lors de ces assises, il n’a nullement été question d’anarcho-syndicalisme ou de révolution sociale. Néanmoins, elles ont donné la parole aux agents de base qui ont pu, loin de leur hiérarchie administrative, exprimer leur refus d’une précarisation grandissante de la société.
Quelques chiffres…
L’argent dépensé dans les audits 35 heures et autres mesures à l’emploi, telles que les emplois- jeunes, représente le salaire de 150 inspecteurs pour une période de… 40 ans !
Le doublement des effectifs des agents contrôlant effectivement la législation dans les entreprises coûterait moins cher que les dépenses actuellement faites pour les consultants " appuis conseils 35 heures "…
Syndicat CNT des services et de l’industrie ( Lille ).
1) REPRESSIONS : LA CAROTTE ET LE BATON
L’arrestation de José Bové, l’affaire des inculpés de Fumel, la répression contre les chômeurs en lutte… Arrestations arbitraires, contrôles de police, jugements iniques… Autant de signes de malaise d’une société capitaliste qui utilise la répression comme échappatoire aux problèmes sociaux qu’elle génère ! Incarnée par la police et la " justice ", la répression est rencontrée au quotidien par les syndicats et associations qui ne peuvent se satisfaire d’un régime générateur de misère et d’exclusion.
Edité par " L’esprit frappeur " à la demande du collectif contre la répression ( dont fait partie la CNT ), le livre intitulé " Répressions : la carotte et le bâton " fourmille d’exemples pris sur le vif. A la fois poignant et accablant !
Plusieurs pages y sont notamment consacrées aux dérives autoritaires de Bernard Seux, député-maire de Béthune qui, en décembre dernier, s’attaquait à une délégation du syndicat CNT des sans-emplois et précaires de Béthune venue lui exposer ses revendications.
Un ouvrage bigrement instructif sur le caractère de classes de la société capitaliste...
ou comment la bourgeoisie, servie par des élus de droite comme de " gôche ", assure sa dictature…
Ouvrage disponible auprès de la CNT au prix de 20 F ( 155 pages ).
La littérature prolétarienne est presque autant une affaire de projet et de combat qu’une histoire de sociologie. A l’origine de cette ré-appropriation des mots et de l’écriture : la volonté d’hommes et de femmes du peuple de s’emparer de la littérature et de la parole comme d’une arme de lutte pour reconquérir leur humanité et leur dignité.
En cela, littérature prolétarienne et syndicalisme révolutionnaire sont étroitement liés et participent de la même philosophie : prendre la plume ( même, et peut-être surtout, de force ) pour dire et écrire ce que personne ne dira à notre place, s’exprimer directement ( en son nom et donc au nom des siens, sans intermédiaire, délégation ou médiation ), nier toute idée d’avant-garde politique, littéraire ou artistique, pratiquer l’action directe jusque dans l’expression culturelle, jusque dans sa langue et dans sa culture… autant de points de convergence avec notre combat syndical de la part d’écrivains dont l’engagement social ne s’est jamais satisfait des cocktails mondains ou des conférences de presse dans les salons des palaces de la Croisette !
Aujourd’hui, comme bien des conquêtes du mouvement ouvrier, cette littérature est quasiment oubliée, étouffée aussi bien par les impératifs " financiers " du monde de l’édition que par l’abrutissement sous-culturel d’une certaine littérature ( … ). Enterrée également par les fossoyeurs autoritaires préférant, dans ce domaine comme dans tous les autres, s’en remettre aux " spécialistes " plutôt qu’aux intéressés eux-mêmes. Mais les voix de l’espoir et de la révolte, elles, sont toujours là et elles sont prêtes à emprunter d’autres " voies " pour briser le silence où on voudrait les maintenir…
Atelier d’écriture
L’atelier d’écriture constitue une des issues possibles pour cette littérature du peuple. D’ailleurs, l’idée d’atelier évoque immédiatement ce monde du travail. Mais plus encore, c’est la dimension fondamentalement collective qui fait de ces expériences des tentatives pour promouvoir une réelle pratique de la culture populaire. L’une des figures les plus connues de ces ateliers d’écriture, Ricardo Montserrat, vient de nous présenter le résultat de sa dernière aventure : " Ne crie pas " ( 1 ), dans la collection " Série Noire "…
Un polar " made in Roubaix "
A Roubaix, pendant trois mois, 18 prolétaires, chômeurs et RMIstes, ont travaillé ( 2 ) avec Ricardo Montserrat et Christian Vincent ( 3 ). L’entrelacement des points de vue et des vies brisées, écrit par et pour " les gens qui ont des gueules à avoir des problèmes, cassés dans la tête " ( comme le dit Marco, un des protagonistes ), nous présente quelques scènes ni tout à fait banales ( crimes en série et viols ), ni tout à fait imaginaires ( licenciements, accidents du travail, etc. ) de la vie de personnages qui font chaque jour le décompte du " nombre de petites filles qui sont nées ici, ont grandi, ont péri ; le nombre de petits garçons qui ne sont jamais revenus de la guerre, de l’usine, de l’alcool, de la merde ".
Ne pensons pas cependant que ce roman ne vaut que par l’expérience qui l’a enfanté. Le montage, le récit, l’intrigue, la violence du style, des personnages et des dialogues en font une œuvre d’une très grande qualité, un polar sans fioritures ni faux-semblants qui vous prend à la gorge et vous retourne l’estomac. Tout, dans ce récit, sonne douloureusement juste et s’inscrit non seulement dans l’histoire de ses auteurs, mais aussi dans celle de leur classe, comme en témoignent les références citées dans l’avertissement : " L’accident de l’usine est inspiré des catastrophes de Carling, Notre-Dame de Gravenchon, Noyelles-Godault. Les incidents survenus dans le supermarché imaginaire sont inspirés des comptes rendus des procès gagnés devant les prud’hommes par les employés licenciés d’un hypermarché normand ".
A ces jalons de l’histoire des victoires et des défaites ouvrières, les auteurs ont su mêler les matériaux de leur vie et de leur réalité. Comme le précise à juste titre Philippe-Jean Catinchi dans la préface, point de charité dans cette démarche, mais la quête de la dignité et de la solidarité.
Greg ( syndicat CNT de l’éducation ).
Notes :
" Ne crie pas " - collectif Roseback, Ricardo Montserrat et Christian Vincent - Editions Gallimard (collection " Série Noire ") - 317 pages.
La participation à l’atelier d’écriture était rémunérée, une façon de montrer qu’il ne s’agissait pas d’un passe-temps mais bien d’un travail.
" Ne crie pas " vient d’être adapté au cinéma par Christian Vincent sous le titre " Sauve moi ". Le film, tourné à Roubaix, est actuellement sur les écrans…
3) AU PIED DU MUR ( 765 raisons d’en finir avec toutes les prisons )
Les prisons, et notamment celle de Loos, ont été ces derniers mois à l’honneur dans les médias, à l’occasion entre autres de la sortie du livre d’une ancienne médecin-chef de la " Santé ". C’est l’occasion alors de verser quelques larmes de crocodile, avant de passer au sujet suivant sans s’interroger sur le type de société qui engendre ces prisons, sans se poser sérieusement la question de sa pertinence quant à ses objectifs si dignement affichés : enfermement des individus dangereux, rééducation, réinsertion. Aussi n’est-ce pas le moindre intérêt du livre qui vient de paraître aux éditions de L’insomniaque, Au pied du mur, que de traiter le sujet d’un point de vue anticapitaliste ( et anti-étatiste ). Certes ce livre, en fait une " anthologie de paroles et d’écrits de toutes origines et de tous temps contre toutes les prisons ", à la présentation très soignée et accompagné d’un CD, n’est pas exempt de défauts : le ton des commentaires, quelque peu péremptoire, peut ainsi agacer ( la première phrase du livre est : " Tout le monde semble d’accord, il est grand temps de détruire les prisons " ). De même, le caractère d’anthologie de textes littéraires insistant sur le " vécu " ne favorise pas la réflexion d’ensemble, rend assez pauvre les références aux organisations ayant lutté dans ce domaine - comme le " Comité Action Prisonnier " -, semblant même parfois en rester à l’injonction personnelle et la révolte de l’individu. Mais ne soyons pas trop fine bouche, et sachons goûter l’intérêt de ce livre…
La première partie, " L’œil du maître ", retrace les origines de la volonté de considérer la prison comme une peine à part entière à la fin du 18ème siècle et, avec la conception du panoptique de Bentham, de rendre plus efficace la surveillance organisée, nous rappelle au bon souvenir des bagnes et travaux forcés de la 3ème République, des goulags, camps de concentration nazis et évoque les prisons du tiers-monde et des Etats-Unis, très importantes et privatisées. Mais quelques soient les structures de l’enfermement, ce sont toujours des pauvres et des ennemis de l’ordre établi que l’on trouve en prison ; et depuis 1975, le nombre de prisonniers et de chômeurs suivent la même courbe, et qu’un pays économiquement " libéral " comme l’Angleterre a un des plus forts taux d’incarcération en Europe (notons d’ailleurs que les prisonniers, s’ils acceptent de travailler, fournissent une main d’œuvre bon marché ). Or, changer les conditions sociales, permettre à chacun de s’épanouir et trouver une place dans une société libre et égalitaire, c’est précisément ce que le capitalisme ne veut pas : aussi préfère-t-il écraser et domestiquer l’individu.
Les deux parties suivantes, " Entre quatre murs " et " Le temps suspendu " montrent cette logique à l’œuvre dans la prison : sentiment de dépossession de son existence, de déperdition du temps, frustration sexuelle, surpopulation et promiscuité étouffante, stérilité sociale médiocrement compensée par la télévision et les médicaments, hiérarchie omniprésente, perte du goût de la vie et déresponsabilisation accentuée pour les plus longues peines… et pour ceux qui ne veulent pas plier : le mitard ou le quartier d’isolement pour certains prisonniers spéciaux (nouvelle peine de mort ?), à moins, plus dramatiquement, que ce ne soit le suicide.
Dans les deux dernières parties, " Mort aux vaches " et " L’envolée ", l’anthologie revient sur quelques résistances, émeutes, ou évasions qui ont marqué l’histoire des prisons, avant d’évoquer " un monde sans prisons " par l’étude des sociétés indiennes, des prisons en révolution ( Commune de Paris, Makhnovtchina, Espagne de 1936…), de textes d’anticipation.
Pour conclure, on ne peut que souligner l’absurdité du système carcérale, consistant comme disait Levi-Strauss " à traiter simultanément le coupable comme un enfant pour nous autoriser à le punir et comme un adulte afin de lui refuser la consolation " et son hypocrisie : la prison, loin de l’empêcher, accentue plutôt la " délinquance ". Les politiciens ne remettront pas d’eux-mêmes en cause ce mode de gestion de la misère capitaliste ; et les diverses peines de substitution ( travaux d’intérêt général, bracelets électroniques aux USA… ) viennent plutôt compléter l’éventail des peines. L’action des prisonniers sans doute, mais aussi de la population, peuvent faire avancer les choses ; et le syndicalisme révolutionnaire, en accord avec son projet de société assurant l’égalité sociale et se débarrassant d’une justice impersonnelle et centralisée ( où, si l’isolement d’individus vraiment dangereux peut être conçu, il ne s’agit pas de brimer et domestiquer au lieu d’aider ), ne peut que se montrer solidaire.
Fabien ( CNT - Lille ).
PS : pour information, la région Nord / Pas de Calais contient une maison d’arrêt à Arras, Béthune, Loos, Valenciennes, Douai et Dunkerque, un centre de détention à Bapaume et à Loos, un CSL à Haubourdin et des centres pénitenciers à Longuenesse.
4) REWIDIAGE
Un nom difficile à prononcer pour une petite maison d’édition de la région, les " éditions du REWIDIAGE " sont installées maintenant depuis plus de 15 ans à Lompret dans le Nord. Animée par Guy FERDINANDE, à la fois peintre et organisateur de soirées poésie (" Le dîner des vilains bonshommes & très vilaines bonnes femmes "), le REWIDIAGE représente un bol d’air et sans doute un espoir pour tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’édition ou dans la création artistique mais qui n’ont pas osé jusque là s’y risquer.
Non, la poésie ne se résume pas aux volumes de la collection " Gallimard-Poésie " ; elle ne se résume pas non plus à quelques éditeurs plus modestes mais déjà établis comme CHEYNE ou ROURGERIE. La poésie appartient à celles et ceux qui décident de la faire vivre avec leurs moyens. Guy FERDINANDE, en ce qui le concerne, a choisi de suivre ses envies et de ne pas se cantonner à la routine. Il recherche les lendemains enthousiastes des commencements. Après avoir soutenu " L’igloo dans la dune ! ", il poursuit l’aventure de ses envies artistiques en lançant " Comme un terrier dans l’igloo, un joyeux poézine infraréaliste ". Ne me demandez ce que signifie ce titre énigmatique, je n’en ai pas la moindre idée et puis finalement cela ne peut que nous obliger à se plonger dans cette petite revue. On y trouvera des billets d’humeur ou bien des réflexions sur l’art parfois ardues pour qui n’est pas du milieu. Mais on y trouvera aussi une très riche et très personnelle revue de revues aussi diverses que variées. De la revue poétique à la revue d’art en passant par le journal syndical (eh oui, Guy FERDINANDE est un fervent lecteur du " Combat syndicaliste " et du bulletin régional que vous tenez entre les mains), Guy FERDINANDE ne mâche ses mots pour critiquer ou donner son avis. Il prend aussi le temps de conseiller les périodiques qu’il affectionne afin d’améliorer leur qualité et leur attrait. Nous espérons d’ailleurs pouvoir un jour répondre, si nous en avons le temps, à ses remarques très justes et instructives sur le " BR " (cf. premiers éléments de réponse à la rubrique " En bref ").
Bien sûr, les habitués des ouvrages tirés en grand nombre que l’on trouve dans les supermarchés du livre ou les habitués des belles éditions au prix élevé que l’on trouve dans quelques librairies " snobement " élitistes (et par ces mots, je ne blâme que moi qui fréquente ces deux types de lieu) se trouveront peut-être déçus voire rebutés par le façonnage des ouvrages du REWIDIAGE (des photocopies en A4 agrafées). Mais n’est-ce pas là que se situe la véritable création ? Dans la manufacture d’ouvrages au prix quasiment nul, qui par leur côté artisanal permettent de rencontrer réellement un propos humain que la chaîne de production médiatique et industrielle n’est pas venue désincarner.
C’est sur ce point que Guy FERDINANDE touche notre sensibilité anarcho-syndicaliste. Point besoin d’attendre des fonds importants pour se lancer dans l’édition, point besoin d’attendre un grand organe médiatique ou des spécialistes de la parole pour s’exprimer. La parole n’attend pour vivre que les petites volontés, fussent-elles isolées, et non les grands projets. Peut-on simplement espérer qu’un jour mille petites volontés fassent, non pas une grande volonté indistincte et froide, mais mille petites paroles qui s’exprimeraient d’elles-mêmes en laissant place elles aussi à mille autres petites paroles qui laisserait place à leur tour à mille autres petites paroles... On ne regrettera pas alors que l’entreprise de Guy FERDINANDE ne soit pas plus connue ; on regrettera simplement que ce type d’entreprise, fondée sur la liberté et l’émancipation de l’expression de chacun, ne se multiplie pas.
Yoann ( CNT - Lille ).
Pour tout renseignement (abonnement…), contacter les éditions du REWIDIAGE, 67 rue de l’église, 59840, Lompret. Téléphone et fax : 03.20.08.92.45. E-mail : gferdinande@nordnet.fr
LES MOTS DE LA RENTREE
" Autorité " : un drôle de mot, un mot-piège… En effet, on a souvent présenté les membres de la CNT comme des adversaires de toute autorité, les ennemis de tout pouvoir. Soyons précis ! Tout pouvoir ou toute autorité qui prétend imposer et donc détruire l’autonomie individuelle ou collective nous semble néfaste : le chef d’établissement qui s’impose dans une assemblée générale, le ministère qui décide sans notre avis, le rectorat qui " gère " les individus et se débarrasse des plus précaires, l’inspecteur qui n’a fui les élèves que pour mieux, sur un coup d’œil en passant, juger les enseignants, l’intendant qui joue au chef d’entreprise et/ou au flic vis à vis des agents de service… La liste est longue et inclurait certainement quelques collègues de base ! Mais attention, rien à voir avec le pouvoir de réflexion, la prise de parole, l’assurance de pouvoir " y comprendre quelque chose "… toutes ces choses que doivent être en mesure de se construire - pour être plus solides - enfants et jeunes ( et adultes ! ). Rien à voir avec " l’autorité " difficile de ceux qui s’efforcent de montrer chaque matin que raisonnement, construction des savoirs et apprentissage de l’autogestion sont préférables au bourrage de crâne, au mépris et aux aboiements. On l’aura donc compris : c’est à l’autorité qui détruit que nous nous attaquons. Pour que tous ceux qui en sont les victimes aient le POUVOIR d’exister !
Syndicat CNT - éducation.
Capitalisme :
" Système économique et social dans lequel les moyens de production et d’échange n’appartiennent pas aux travailleurs qui les mettent en œuvre. Le capitalisme est un régime économique fondé sur la recherche du profit, l’initiative individuelle, la concurrence entre les entreprises et la propriété privée des moyens de production ".
(extrait du " Petit Larousse " )
Libéralisme :
" Doctrine économique de la libre entreprise selon laquelle l’Etat ne doit pas, par son intervention, gêner le libre jeu de la concurrence ".
( extrait du " Petit Larousse " )
En d’autres termes, le " libéralisme " est une doctrine et le " capitalisme " un système. En ce qui nous concerne, à la CNT, c’est bien contre ce système " fondé sur la recherche du profit " que nous luttons. C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas nous contenter de combattre le " libéralisme " (comme la plupart des organisations syndicales, politiques et associatives que nous côtoyons sur le terrain social). C’est pour cette raison que nous ne craignons pas d’affirmer notre anti-capitalisme le plus absolu…
Union Locale CNT de Lille.
POUR UN SYNDICALISME SANS FRONTIERES !
A la CNT, nous considérons que c’est le combat quotidien des exploités qui prime. Nous ne sommes donc pas attachés aux échéances électorales. Mais puisque les feux de l’actualité vont se braquer sur les élections européennes et que nous entendons déjà dire tout et n’importe quoi à ce sujet, il nous semble utile d’expliquer notre position…
Nous sommes contre l’Europe capitaliste et libérale ! Cette Europe là, c’est celle des multinationales et des Etats à leur solde, structures pour lesquelles le cadre élargi de " l’Union Européenne " n’a pour but que la libre circulation des seules marchandises, la suppression des derniers acquis sociaux, le renforcement de la répression policière. D’autre part, pour les fractions les plus modernistes du capitalisme, l’Europe unie est non seulement un puissant marché intérieur, mais aussi un outil pour se positionner face à d’autres blocs économiques (Amérique du Nord, Asie, etc.).
Ce constat, nous ne sommes pas les seuls à le faire. Mais les oppositions à l’Europe de Maastricht et d’Amsterdam sont hétéroclites et incohérentes. Pire, elles sont souvent le fait de forces qui défendent une ligne nationaliste, chauviniste et réactionnaire tout aussi dangereuse pour les intérêts des travailleurs. Car, si nous n’avons pas à défendre les composantes les plus agressives du Capital, nous n’avons pas à défendre non plus ses fractions les plus arriérées, incapables de se tailler une part du gâteau suffisante dans le marché européen et mondial. Les patrons de la petite et moyenne bourgeoisie nous exploitent tout aussi férocement que les grands trusts !
Politiquement, le clivage entre les pro et anti " Europe " a de quoi désorienter plus d’un électeur… Les sociaux - démocrates du PS, les libéraux de l’UDF et une bonne part des gaullistes sont " pour ", tout comme les " Verts " et leur tête de liste, le " libéral-libertaire " (? !) Cohn Bendit. Chez les " anti ", le spectre est encore plus large. Il va du PCF à l’extrême-droite ( des " Le Pen " et autres " Mégret " ) en passant par l’extrême-gauche trostskiste, des fractions gaullistes et jacobines, des groupes de pression réactionnaires comme les chasseurs.
A la CNT, nous ne croyons pas aux vertus de la " spécificité française ", de " l’indépendance nationale " et autres fariboles. Nous ne réclamons pas la fermeture des frontières. Nous ne défendons pas le tout-nucléaire " à la française ". Nous n’avons que faire d’être exploités par un patron français, allemand ou guatémaltèque… puisque que nous ne voulons plus d’exploitation ! Peu nous importe de percevoir un salaire ou un RMI en francs, en euros ou en poils de chèvre… puisque nous ne voulons plus de salariat !
Jean (CNT-Boulogne / Mer).
LILLE : capitale des emplois-jeunes !
Les 10 et 11 décembre derniers, Lille fut la capitale des emplois-jeunes ( EJ ) : Martine Aubry y organisa son grand show. 1200 emplois jeunes y furent convoqués pour la figuration, d’autres pour les tâches d’organisation matérielle ( on poussera même le cynisme à demander aux EJ du Nord d’héberger leurs collègues venus de toute la France ). On y invita également institutionnels et politiques… messe très œcuménique ! De Robien (UDF) y côtoyait Demessine (PCF) et Voynet (Vert). De quoi fut-il question lors de ces journées ? De précarité, de bas salaires, de substitution d’emploi public… Mais ce sont là choses triviales ! Madame Demessine fit une leçon de sémantique demandant l’abandon, non pas du statut, mais du terme " emploi-jeune " trop connoté précarité. Madame Voynet se vanta d’être à la tête du ministère qui, après celui de l’Education, avait recruté le plus d’emplois-jeunes. Derrière ce satisfecit, rien de bien nouveau, sinon qu’on prévoit le reclassement des aides-éducateurs à " Eurodisney " ou à " Cofidis " ( pour relancer les mauvais payeurs, la plupart RMIstes ou chômeurs ). Et pour le reste… rien ! Rappelons que la Ville de Lille est la première collectivité employeuse d’EJ ( actuellement au nombre de 236, huit-cents nouveaux sont prévus ), EJ qui restent toujours interdits de concours de recrutement ( sur les 236, seuls 10 ont été titularisés au musée de Lille, suite à des actions menées par la section CNT ). Le quotidien des emplois-jeunes ne cesse de se dégrader. A Roubaix par exemple, depuis l’ouverture de " Mac Arthur Glenn ", les médiateurs chargés de veiller au bon climat du quartier sont invités à travailler le dimanche pour une majoration salariale de 20 centimes de l’heure. Pour conclure, une petite citation de Pierre Mauroy aux Assises : " Les emplois-jeunes, ce n’est pas un truc anti- chômage, c’est une initiative qui préfigure l’évolution de la société " ( tu l’as dit bouffi… la précarité généralisée ! ).
ROUBAIX : les larmes de la "Lainière"
L’image des ouvrières licenciées en pleurs de la " Lainière " semblait faire écho à d’autres images d’ouvrières en larmes qui refusaient de rentrer dans l ’usine " Wonder " après les grèves de 68. Autres temps, autres mœurs… nous dira-t-on ! Hier, le refus de l’exploitation capitaliste, aujourd’hui la défense de l’emploi ! Pourtant, il n’y a guère de contradiction dans une société qui ne propose que, soit des conditions de travail infernales, destructrices de vie et sous-payées, soit le chômage, la précarité, l’exclusion. La " Lainière " qui comptait 7 000 salariés dans les années 60, 4 000 dans les années 80, en comptera zéro en l’an 2000. Pourtant, depuis 1911, date de création de la boîte, des milliards de profits furent créés au bénéfice des familles Prouvost ( les plaçant au 1er rang des fortunes françaises ) ; familles qui sont partis en empochant des dizaines de milliards lorsqu’elles ont cédé leur groupe à d’autres affairistes (Chargeurs, Verbecke et Barbéris) qui eux-mêmes ont réalisé des profits énormes en dépeçant l’usine et en empochant les aides publiques ( rappelons qu’en 98, l’aide publique aux boîtes privées s’élevait à 170 milliards de francs, c’est à dire plus que l’impôt sur le revenu ). Les syndicats classiques, empêtrés dans leur corporatisme et leur nouvelle culture de " proposition et d’accompagnement ", n’ont pas été capables d’initier le grand mouvement de solidarité que nécessitait une telle situation. Quant aux politiques, qui refusent de demander des comptes sur l’utilisation des milliards d’argent public versé, ils ne proposent aux salariés de la " Lainière ", comme à ceux de " Cerplex ", que le nouveau mirage très subventionné de " Toyota ". Les 210 salariés restants risquent de ne partir qu’avec les 50 000 F arrachés à l’issue d’une dernière occupation et séquestration des liquidateurs. Comme le disent les salariés de " Cerplex ", " empêcher les patrons de partir avec le pognon… ils peuvent pas, mais nous envoyer les flics… ça ils le savent ! ".
Joao-Manuel ( CNT - Lille ).
AUTOGESTION… OR NOT AUTOGESTION ?
Comme nous vous l’annoncions dans les numéros précédents, notre syndicat organise le vendredi 4 février 2000, en partenariat avec le cinéma " Le Mélies " de Villeneuve d’Ascq, l’avant première du film de Jean Michel Carré : " Charbons ardents ". Ce film nous emmène à la rencontre des 400 mineurs du Pays de Galles qui ont racheté leur mine en 94 et l’autogérent depuis. A la CNT, sommes nous d’indécrottables utopistes, désertant les dures réalités de la lutte sociale pour la quête perpétuelle de nouveaux " Lip " ? Nous vous rassurons, c’est loin d’être le cas. D’ailleurs, les mineurs de Tower sont loin d’être les derniers disciples de Fourier. Ce sont pour la plupart des militants syndicaux qui menèrent les grandes luttes des années 80 contre le " thatcherisme " triomphant. C’est plus la perspective du chômage dans une région particulièrement sinistrée que la volonté de créer un phalanstère qui motiva le rachat de la mine et son autogestion. De plus, la mine de Tower est, malgré sa particularité, une entreprise privée à but lucratif. Et bien qu’autogérée par ses salariés actionnaires, elle l’est dans une optique de rendement et de profits. La division du travail y subsiste ainsi que les disparités salariales. Pour couronner le tout, les mineurs gallois reçurent les éloges tant de la droite ( qui voyait là l’application de son capitalisme populaire ) que de la gauche britannique ( pour qui l’expérience était un moyen de dépasser la lutte des classes et permettait de flatter le peu qui leur restait de fibre socialiste ). Pourquoi alors la CNT va-t-elle promouvoir une entreprise qui pourrait finalement faire la couverture d’un magazine patronal pour sa réussite économique, produisant du charbon sans subventions et le vendant au prix du marché mondial en restant compétitive. La rencontre avec les mineurs, à l’issue de la projection, nous permettra d’aborder toutes ces questions. Promoteurs de l’autogestion, nous sommes conscients de ses limites dans une société capitaliste. Pourtant, l’expérience menée là bas nous semble d’une grande richesse et a le mérite de remettre au goût du jour la gestion ouvrière ( avec - et le film ne le tait pas - la difficulté d’impliquer l’ensemble des travailleurs). De plus, les bénéfices sont investis dans l’amélioration des conditions de travail, dans les œuvres sociales de la région et dans des opérations de solidarité ( avec les mouvements de chômeurs, antiracistes et antifascistes… ). Si la hiérarchie salariale y est maintenue, c’est de par la difficulté d’associer au projet le personnel qualifié et diplômé ( ingénieur, géologue…). Même si nous n’allons pas jusqu’à dire comme les mineurs : " Nous avons piégé le système capitaliste en appliquant ses règles à notre façon ", nous souscrivons aux propos de Tyrone O’Sullivan ( qui sera présent à Lille le 4 février ) : " Nous démontrons au monde entier que les ouvriers sont capables de prendre en mains leurs propres affaires et que le socialisme peut fonctionner ".
Joao-Manuel (CNT-Lille).
"CHARBONS ARDENTS"Comme annoncé dans notre n° précédent, ce film consacré à l'expérience autogestionnaire menée actuellement dans une mine de charbon du Pays de Galles ( Grande Bretagne ) a été diffusé en avant - première nationale les 4 et 5 février à Villeneuve d'Ascq et Bruay-la-Buissière avec le soutien financier du secrétariat international de la CNT.
Un article présentant l'initiative est paru dans la Tribune du Mineur ( organe du syndicat CGT des mineurs ), La Croix du Nord, Nord Eclair, La Voix du Nord, Liberté, L'avenir de l'Artois et Sortir. D'autre part, un reportage a été diffusé dans le cadre du journal télévisé de France 3 Nord - Pas de Calais.
La salle de cinéma Le Mélies à Villeneuve d'Ascq était comble ( environ 160 personnes ) ; celle de Bruay-la-Buissière beaucoup moins… mais c'était déjà pas mal pour cette petite cité minière du Pas-de-Calais !
Dans les deux cas, le débat avec le réalisateur (Jean-Michel Carré ) et le président de la mine autogérée de Tower (Tyrone O'Sullivan ) fut particulièrement intéressant. En ce qui concerne Tyrone, c'est un personnage attachant… même s'il est très éloigné de nos positions ( confiance dans la social-démocratie, foi dans le rôle dirigeant des partis, etc. ) !
A ce propos, si l'expérience de Tower démontre que les travailleurs sont capables de gérer économiquement une entreprise ( avec tous les problèmes et les contradictions que cela soulève dans un environnement capitaliste ), elle n'a pas permis à ses acteurs de prendre conscience du fait que l'organisation autonome des travailleurs pouvait se substituer politiquement aux partis politiques et aux gouvernements… En dépit de ce différent idéologique, la tournée de Tyrone dans la région fut placée sous le signe de la fraternité, de l'internationalisme et de la convivialité. Parallèlement aux projections-débats, la CNT avait organisé pour Tyrone O'Sullivan une petite visite " touristique " dans l'ex-bassin minier de la région : rencontre avec d'anciens mineurs ( dont Marcel Barrois, responsable du syndicat CGT de Lens ), découverte d'un musée de la mine et d'une friche minière en voie de réhabilitation, etc. Comme quoi il n'y a pas que le rugby pour rapprocher les ch'tis et les gallois !
Eric Dussart, secrétaire de l'union régionale CNT.
TOUT VA TRES BIEN, TOUT VA TRES BIEN…
( refrain connu )
Mon attention a été attirée à la fin de l’année dernière par une revue de presse dans "Liaisons sociales ", magazine d’économie et de " social ", qui traitait de cette fausse question si chère à la social-démocratie : " Quel partage des fruits de la croissance ? ".
L’intérêt de l’article ne résidait évidemment pas dans ce sujet crétin, mais dans la vision de l’existence véhiculée de manière sous-jacente et révélatrice à mon sens de l’idéologie du capitalisme technocratique qui s’est développée au cours de ce siècle, en particulier depuis la seconde guerre mondiale.
Symptomatique de cette idéologie dominante qui ne veut pas dire son nom ( l’hypocrite ! ), les idées et le vocabulaire utilisés par cet auteur qui se retrouvent si communément dans la presse institutionnalisée…
L’idée centrale est pour le moins banale : l’année 1999 a mal commencé, mais a bien terminé. L’apocalypse, prêchée par les sectes en tout genre pour le passage en l’an 2000, s’est transformée en allégresse : " L’année 1999 a commencé dans la morosité et se termine en fanfare " ; plus loin dans le texte, " la fin de siècle se termine dans une douce euphorie ". Après tout, pourquoi pas !
Il ne suffit pas d’affirmer que tout va subitement bien ; encore faut-il expliquer qui l’annonce, pour quoi, en quoi, et pour qui… tout est si merveilleux ?!
A la question de " qui annonce cette nette amélioration ", la réponse est pour le moins expéditive : " Le constat est unanime " (sic). Autrement dit, chacun d’entre nous serait pour croire à l’avènement du paradis cette année, et le lecteur un peu pressé de culpabiliser d’être un mauvais esprit, perpétuellement insatisfait, d’aller - pour se racheter de ne pas partager l’unanimisme ambiant - louer auprès de son voisin RMIste et du clodo du coin l’année 1999, crû exceptionnel en matière de bien vivre. " La ferme du bonheur " n’est plus si loin… Tant de choses ont changé cette année, se diront-ils tout à l’heure.
Certes l’auteur, plus loin dans le texte, cite " Le nouvel économiste ", " Le figaro ", " La tribune ", " Investir ", " La vie française "… et on comprend bien que cette unanimité ne dépasse pas une certaine presse bien pensante ! Cependant le doute subsiste…
Bref de quoi laisser l’impression que, de divergences, il n’y a point. En bon chantre de la démocratie libérale et de la bonne parole patronale, l’auteur fait taire toute opposition et détruit tout dialogue en s’instaurant, d’un coup de baguette magique verbal, porteur de l’opinion générale.
Ainsi, lorsque - quelques lignes plus bas - il développe sa pensée, qu’il dévoile enfin pour qui " l’année se termine en fanfare " ( re-sic ), on apprend qu’il s’agit des " Français " ( notez le f majuscule ). Que nenni des différences sociales, des conditions de vie disparates des 60 millions de français. Du PDG d’Elf Aquitaine, des Billancourt et Cie, à l’immigré du coin ou à l’ouvrier qui balance entre chômage et travail précaire, en passant par toutes les catégories de salariés qui se gâchent la vie ( privée comme professionnelle ) sur un boulot de con, et de patrons… tout ce beau monde est pressé dans le même moule : " Français ". Et comme pour mieux nous faire oublier ces différences de situation, la personnalisation de ces 60 millions d’individus est achevée lorsque nous apprenons que le " Français " a " retrouvé le moral ". Ainsi le travailleur intérimaire et son patron multimillionnaire ont le même moral, la même humeur…
Bien évidemment, me direz-vous, puisque " les caisses de l’Etat sont pleines " , " le chômage baisse ", " la pression fiscale s’est relâchée ". " Ah, c’est formidable ! " pourront encore se dire, unanimement bien sûr, notre lecteur pressé, son voisin RMIste, le clodo du boulevard, rejoints par le travailleur temporaire et le SMICard, qui grâce aux 35 heures a vu sa vie bouleversée par tant de temps libéré et son bulletin de paie bloqué jusqu’en 2005 ( et qui sait, peut-être au delà… surprise ! ). Ah, c’est formidable ! Tant de transformations statistiques de notre vie quotidienne…
Car là réside bien la source du bonheur de l’humanité d’après cet auteur et ce type de presse ( difficile d’utiliser une autre expression que " bonheur de l’humanité " lorsqu’on voit écrit texto : " ce n’est pas un conte de Noël. La fin de siècle se termine dans une douce euphorie " ) : les finances de l’Etat, la baisse du chômage, l’allègement de la pression fiscale ! Encore ne précise-t-il pas de quel impôt il cause : TVA ou impôt sur le revenu et la fortune ? Amalgame supplémentaire qui efface les différences entre les impositions pesant sur le RMIste, le SMICard et autres petits revenus… et celles pesant sur le patronat, les actionnaires et autres hauts revenus. Que signifie lutter contre la fiscalité dans cette presse ?
Approche révélatrice d’une conception particulièrement tendancieuse de la société qui élimine les différences sociales pour les fondre dans un ensemble national. Les finances de l’Etat, le chômage, la pression fiscale se mesurent à l’aune de la nation. Les rapports de force et la puissance sociale de certains sont volontairement noyés dans quelques nombres, dans quelques généralités abstraites, dans quelques allégories faussement naïves. La baisse des chiffres du chômage n’a en effet jamais signifié une réduction des inégalités, une hausse des ressources pour les personnes ayant de faibles revenus, des conditions de travail devenues meilleures, ni une plus grande maîtrise par l’individu de sa propre existence et de ce qu’il désire en faire. Bien au contraire, des chiffres du chômage à la baisse peuvent masquer une détérioration réelle des conditions de travail, une moindre possibilité d’orienter sa vie comme on l’entend ainsi qu’une aggravation des inégalités.
On retrouve dans cette espèce de langage ce qui faisait l’essence même des idéologies pourries de ce siècle : l’unanimisme ( les divergences n’existent pas ), une apparente objectivité, voire scientificité, qui en l’occurrence s’appuient sur la doctrine économique, une conception du bonheur et de la vie humaine abstraite, niant a contrario l’individu concret qui au mieux est un nombre. Conception d’autant plus menaçante qu’elle se targue d’être la seule forme de démocratie, et d’être l’unique manière de penser et de vivre ( dans la ligne directe des pensées totalitaires ).
La lecture de cet article m’a rappelé que ce qui distingue la Rome Antique du capitalisme moderne, c’est que dans l’Antiquité la volonté des puissants était légitimée par les dieux et proclamée aux peuples par les oracles… alors que de nos jours elle est légitimée par la science économique et proclamée aux peuples par les statistiques.
Et ce n’est certainement pas parce que les syndicats institutionnalisés iront quémander une hausse des salaires à la hauteur de la " nouvelle croissance économique " ( le partage des fruits de la croissance ) que la majorité verra la domination de quelques-uns disparaître.
David H. ( CNT - Lille ).
Que la réduction du temps de travail ( RTT) à la sauce étatique soit un outil au service du patronat n'est plus un secret pour personne. Le SMIC concerne 2,2 millions de personnes. La RTT sans diminution de salaire le faisait progresser mécaniquement de 11,4 %, ce qui - bien entendu - a atterré le MEDEF. Pour ne pas contrarier leurs alliés de toujours, le gouvernement a trouvé la parade : "le complément différentiel de salaire". En langage clair, c'est encore une subvention qui viendra combler le manque à gagner de nos capitaines d'industrie. Pour l'année 2 000, ce sera 25 500 F par salarié : 25 500 x 2,2 millions = 5,6 milliards. Vous voyez bien qu'ils ne s'entendent pas si mal que ça ! Etant donné qu'on est tous - via la TVA - soumis à l'impôt, on peut en déduire que même les plus pauvres participent au financement des 35 heures. A l'argument selon lequel la TVA serait un impôt injuste, les conservateurs répondent - et je vous laisse apprécier - que c'est faux dans la mesure où plus on consomme, plus on paie de TVA. Mais rassurez vous, on a un gouvernement de gauche… gauche plurielle de surcroît ! Ainsi donc, même sans acheter d'actions boursières, on participe à l'ignominie. A croire qu'il n'y a qu'une solution : la révolution !
Jean-Michel ( syndicat CNT du commerce, des services et de l'industrie - Dunkerque ).
Public / privé, 37 annuités ½ … c’est plus qu’assez !
Vingt salariés du musée des Beaux Arts de Lille ( sur 24 ! ) étaient en grève jeudi 30 mars à l’appel de la section CNT des personnels communaux. Après la tenue d’un piquet de grève rouge et noir devant la porte d’entrée ( du jamais vu au musée ! ) et la distribution d’un tract aux usagers et salariés, les grévistes ont ensuite rejoint le syndicat CNT éducation qui manifestait dans les rues de Lille avec l’AG des établissements scolaires en lutte sur le thème notamment des retraites. Les syndicats FO et CGT de la fonction publique - en grève également - n’ayant pas appelé à la manifestation, la CNT fut donc la seule ce jour là à avoir un cortège véritablement inter-professionnel.
Syndicat CNT des services et de l’industrie
( section des personnels communaux de la Ville de Lille ).
Extrait du tract distribué devant le musée et à la manif :
Même s’il prétend être attaché au système de retraites par répartition, Jospin poursuit en fait les mêmes objectifs que Juppé en 1995. Il veut étendre au public ce que Balladur a imposé au privé en 1993, à savoir passer de 37,5 annuités de cotisation à 40 pour bénéficier d’une retraite à taux plein… Or, aujourd’hui, les deux tiers des salariés du régime général ne sont plus en activité au moment de la liquidation de leurs droits à la retraite. Cela signifie que de moins en moins de salariés pourront toucher une retraite à taux plein ( d’autant que l’âge d’entrée sur le marché du travail est de plus en plus tardif ). L’allongement à 40 annuités a donc pour objectif de limiter de plus en plus le nombre de personnes qui pourront bénéficier d’une retraite à taux plein. C’est aussi le choix d’allonger le temps de travail plutôt que d’embaucher des jeunes ! Une véritable politique de justice sociale implique le maintien à 37,5 annuités pour le secteur public et le passage de 40 annuités à 37,5 annuités pour le privé…
D’autre part, l’arrivée de Fabius au ministère des finances n’annonce rien de bon en ce qui concerne la résorption de la précarité dans la fonction publique et l’amélioration des services dus aux usagers ( éducation, santé, transports, etc. ). En effet, s’il est juste de vouloir réduire les impôts pour les catégories les plus défavorisées de la société, il est scandaleux de vouloir en faire profiter ceux qui, comme le PDG d’Alcatel, gagnent plus de 800 000 francs par mois ( soit 380 RMI ).
Public et privé… 37,5 annuités pour tous !
Réduction du temps de travail sans flexibilité, ni perte de salaire et avec embauches correspondantes !
Titularisation de tous les précaires de la fonction publique (sans condition de concours et de nationalité) et embauche en CDI de tous les précaires du secteur privé !
Egalisation par le haut des salaires, des statuts et des conditions de travail !
Et pour aller plus loin : prise en charge des services publics par les travailleurs et les usagers, collectivisation des moyens de production et de distribution, autogestion généralisée de la société sans exploitation ni domination !
LA SOCIETE DE CLASSES N'EXISTE PLUS ! ?
Pour faire suite à mon article de la dernière fois ( cf. BR n° 3 ) sur la délinquance patronale et sur le fait que cette délinquance reste, plus que toute autre, impunie ( ce qui ne saurait étonner dans une société de classes ), je voudrais narrer l'histoire d'une entreprise qui est pour le moins exemplaire. Non que le comportement de cette entreprise soit représentatif et typique de l'ensemble des entreprises ! Au contraire, elle est un spécimen extrême. Mais le fait même qu'elle soit un spécimen extrême révèle à quel point la Justice et l'Etat, loin de mettre chaque individu sur un pied d'égalité, ont définitivement choisi leur camp : celui de la puissance sociale conférée par l'argent…
Jusqu'où peut-on aller dans l'impunité ?
Cette entreprise régionale naquit un jour, il y a peut-être cinq ou six ans. Elle n'est pas bien grande et appartient à cette armée de PME qui croule sous le poids des charges sociales (!), menacée de toutes parts par le prix horriblement haut de la main d'œuvre (!!). Tant est si bien qu'elle fut obligée de faire travailler ses ouvriers 200, 220, 250 heures par mois ( voire plus ), heures sup' non rémunérées dans leur totalité bien entendu ! Guère original jusqu'à maintenant, me direz-vous, dans le secteur des transports. Certes ! Mais, peut-être plus acculée que d'autres à rentabiliser une main d'œuvre décidément trop chère, elle recourut à un stratagème bien plus efficace pour casser le prix de cette marchandise humaine. Elle engagea pour ce faire des gens un peu dans la détresse. Eh oui, dans la détresse, c'est vrai. Oh ! comme c'est généreux pour ceux qui acceptèrent de travailler à l'essai pendant un mois sans être déclarés… et sans être payés ! Qui oserait prétendre que l'altruisme n'est plus d'époque et que la seule valeur restante est l'argent ? D'ailleurs, l'entreprise sut montrer son sens de la citoyenneté et sa reconnaissance à ses bons et loyaux employés modèles, malléables et corvéables à merci puisque, pour leur plus grand bonheur, elle les intégra en son sein (avec une nouvelle période d'essai, mais cette fois parfaitement légale et même payée au SMIC ).
L'alliance des pauvres et du riche
Cependant, la gratuité n'existant pas ici bas, du moins dans le monde capitaliste, cette entreprise, si citoyenne soit-elle, eut besoin d'une contre-partie à cette politique sociale d'embauche. Ou, pour expliquer différemment la réalité, l'Etat versa gracieusement en l'espace de 3 ou 4 ans la modique somme de 1 800 000 francs au patron ( après la signature d'un certain nombre de contrats emploi-solidarité ), scellant ainsi définitivement l'alliance des pauvres et du riche. Magnanime, celui-ci ne pouvait que reconnaître la nécessité d'insérer les premiers dans la société, comme le désiraient dame Aubry et les sieurs qui la précédèrent. Le porte-monnaie troué des salariés, quant à lui, souffla à nouveau de soulagement grâce à l'aide donnée aux camarades pour qu'ils ne travaillent plus gratuitement. Alphonse Allais, humoriste du XIX° siècle, écrivit quelque part qu'il fallait prendre l'argent là où il était… chez les pauvres ! Pourquoi pas après tout ? De quoi, dans tous les cas, dérouter ceux qui prétendent que l'Etat ne peut plus être redistributeur de richesses ; certes, pas du riche vers le pauvre… mais l'essentiel n'est-il pas qu'il y ait redistribution, n'est-ce-pas ? Après tout, l'argent versé aux riches profite aux pauvres, bien plus que si on leur donne directement !! Les riches ne créent-ils pas des emplois avec l'argent public remis dans leurs mains, alors que ces fainéants de pauvres le gaspillent ? Incontestable ! La fabrication de la Ferrari ou la construction de la superbe villa sur la côte d'Azur ( biens appartenant à ce patron ) sont plus créateurs d'emploi que la consommation d'alcool ou de drogue…
Vous avez dit "justice" ?
Pourtant, ne prenons pas l'Etat pour plus imbécile qu'il ne l'est. Car il finit par se rendre compte, un peu tard sans doute, qu'il devait y avoir une arnaque à un endroit. Aussi prit-il la décision douloureuse de suspendre pendant cinq longues années les aides à l'emploi versées à ce patron louche et, suprême humiliation, de lui interdire d'exercer une partie de son business ( mais rassurez-vous, seulement une partie… et pour une année, pas plus ! ). Imaginez ce chef d'entreprise, cet homme habituellement responsable, presque accusé de perfidie par l'Etat, quasi menacé dans l'usufruit de son droit de propriété… Avait-il d'autre choix que d'ouvrir une boîte supplémentaire à côté de la première, boîte dans laquelle il n'occuperait plus la fonction de gérant officiel, mais seulement celle de cadre supérieur ? Non, évidemment ! Aussi agit-il dans ce sens afin de reprendre ses activités et méfaits ordinaires. Cependant, le Bien triomphe toujours du Mal, n'est-ce pas !? Alors, vive le progrès… dans l'exploitation ! Vivent les riches et les patrons qui font avancer la société pour la plus grande joie des salariés !
David ( CNT - Lille).
REPONSE DE LA CNT - BOULOGNE A LA CONFEDERATION PAYSANNE.
Nous vous remercions de votre invitation à participer à une réunion à Boulogne en vue de la création d’un groupe local ATTAC. Le syndicat CNT des services et de l’industrie du boulonnais a étudié et analysé avec attention les positions et propositions d’ATTAC à partir de son site internet et de divers documents et articles. Un débat à ce sujet a eu lieu localement, régionalement et dans toute notre confédération. La CNT considère que l’action syndicale n’est pas dissociable du combat global contre le capitalisme et, à ce titre, elle lutte contre les effets de la mondialisation tout en observant que ce phénomène n’est pas nouveau. Dans tous les pays, nos organisations participent à ce combat et soutiennent les militants victimes de la répression, dont ceux de la Confédération Paysanne. Et nous continuerons à œuvrer dans ce sens avec ceux qui le désirent et sans esprit de sectarisme…
Pour ce qui est de la proposition centrale d’ATTAC (application de la " taxe Tobin " ), nous considérons qu’il s’agit au mieux d’une mesure peu réaliste et, au pire, dangereuse. En effet, il nous semble naïf de croire que les spéculateurs pourraient reverser à la collectivité une partie, aussi infime soit-elle, de leurs profits. Et même si une éventuelle loi Tobin était votée, ils s’arrangeraient pour la contourner pour faire encore plus de profits. De plus, proposer - comme le fait ATTAC - que le produit d’une telle taxe soit reversée aux Etats, c’est faire preuve d’une totale méconnaissance de la nature et du rôle de ces Etats qui, loin d’être neutres ou au service des peuples, sont pieds et poings liés aux intérêts du Capital. Enfin, il nous semblerait contre-nature de nous associer à des forces politiques de droite comme de gauche qui appliquent une stratégie favorable à la mondialisation capitaliste, comme le fait par exemple le PS, au pouvoir en France, en privatisant à tour de bras.
Nous ne mettons pas en cause la bonne foi de tel ou tel individu participant à ATTAC, mais nous pensons que ce cartel ne peut conduire qu’à de cruelles déceptions dans la mesure où une telle initiative, loin de remettre en cause le capitalisme, ne peut servir qu’à lui donner une nouvelle légitimité. L’objectif de la CNT n’est pas " d’humaniser " le capitalisme, de tenter de le rendre plus " charitable ". Il est d’œuvrer à la base, nationalement et internationalement, avec tous les exploités et opprimés pour en finir avec ce système qui conduit tout droit à la destruction de la planète. C’est la raison pour laquelle notre confédération entretient des liens étroits de solidarité avec de nombreux syndicats et groupes de salariés et de paysans dans le monde. Localement, nous sommes tout à fait disposés à participer à des actions contre la mondialisation. Mais, pour les raisons invoquées plus haut, nous ne saurions être partie prenante d’un collectif ATTAC.
Pour la CNT, Jean.
FORMATION PROFESSIONNELLE
Quelques considérations sur la manière dont la précarité peut être entretenue par ceux là même qui sont sensés la combattre...
Travaillant
pour un centre de formation pour adultes, il me semble important de
rappeler ce que ça devrait être. Espace d'enseignement, le Gréta est un
lieu d'apprentissage des connaissances. Quoi de plus fiable et de moins
précaire qu'une connaissance acquise et sanctionnée par un diplôme ?
Nous intervenons également en amont et en aval de la formation. Amont :
il s'agit de motiver les gens pour entreprendre une formation, leur
indiquer ce qu'il est possible d'apprendre. Aval: il s'agit d'aider les
gens formés à faire valoir leurs connaissances pour décrocher le
meilleur boulot possible. Ces deux types d'intervention peuvent se
justifier. Un excellent soudeur ne sait pas forcément tourner une
lettre de motivation ou un CV...
Le GRETA, comment ça marche ?
L'institution
pour laquelle je travaille est administrativement rattachée à
l'Education Nationale, mais les statuts de ceux qui y travaillent sont
extrêmement variés. Au sommet de la pyramide, le conseil
d'administration du Gréta est composé des chefs d'établissements
scolaires qui hébergent le Gréta. Ils sont tous fonctionnaires de
catégorie A et risquent assez peu de perdre leur boulot si le Gréta
fait de mauvaises affaires, c'est à dire si la politique qu'ils
choisissent est mauvaise. L'agent comptable joue un grand rôle dans la
mesure où les chefs d'établissements, partagés entre leurs bahuts et le
Gréta, sont assez peu disponibles. Il est également fonctionnaire
puisqu