De Gaulle, les migrants, la Voix du Nord, la CNT…

Suite au tagage de la statue du couple de Gaulle le 23 janvier 2016 à Calais en marge d’une manifestation de soutien aux migrants (tagage qu’un journaliste de la Voix du Nord a attribué dans un premier temps à la CNT avant de se rendre compte de son erreur, de corriger son article et de publier le démenti que nous lui avions envoyé *), un camarade nous a communiqué un billet d’humeur et d’humour que nous nous faisons un plaisir de publier ci-dessous.

couple-de-Gaulle-migrantLes migrants parlent aux migrants

Ce n’est pas sur les ondes libres de la BBC mais dans les colonnes éclairées d’un quotidien régional, la Voix du Nord, et dans son édition du 24 janvier 2016, qu’on a vu formulée l’hypothèse que notre confédération syndicale serait l’instigatrice du tagage récent, à Calais lors d’une manifestation de soutien aux migrants, de la statue du couple de Gaulle. Il n’est pourtant ni dans les habitudes ni dans les intentions de la CNT de dicter des mots d’ordre directement applicables au domaine pictural et aux arts plastiques, les conditions d’exercice du « street art » (ni d’aucun autre d’ailleurs) ne faisant jusqu’à présent l’objet d’aucune résolution de nos congrès syndicaux. Pourvu que ça dure !

Tout ceci confinerait au dérisoire et nos journalistes malins en auraient sans doute perdu la voix et le nord puisqu’ils se seraient résolus à supprimer de leur édition numérique une telle mise en cause. Il n’en reste pas moins vrai que la statue du Commandeur et de sa légitime s’est retrouvée gratifiée d’un péremptoire et vengeur « Nique la France » qui semblait bien claquer comme une citation du grand homme.

Notre quotidien régional déboussolé, ancienne émanation d’un MRP anti gaulliste, de centre droit conservateur mais fort de son engagement résistant, avait récupéré les décombres très encombrants d’un journal de Roubaix trop compromis dans la collaboration. Avait-il besoin de voler sans raison, des dizaines d’années plus tard, à la rescousse de l’iconographie d’un gaullisme qu’il avait tant combattu en son temps et de se fourvoyer dans des insinuations infondées ?

Au bénéfice du doute, ne pouvait-il pas nous accorder ce crédit ? D’évidence, un militant cénétiste aurait évalué qu’une telle citation (« Nique la France ») ne pouvait être attribuée à l’auteur des « Mémoires de Guerre » (ce chef d’œuvre de la littérature française aujourd’hui au programme du baccalauréat). Un graffeur, même syndicaliste révolutionnaire, même anarcho-syndicaliste, c’est dire l’inculture, n’aurait pu imaginer le Général s’exprimer par une formule aussi lapidaire dont chacun sait qu’il n’était pas coutumier. Le Grand Charles l’aurait pour le moins rehaussée et conclue d’un définitif « et nique la République ! », respectant ainsi le rythme et le phrasé qui caractérisaient ses discours et en font encore le charme un peu désuet.

De la même manière, nous restons très circonspects sur la réalité historique des mots que l’on prête à cette occasion à notre grand homme : « Allez, Yvonne on se casse, prépare les valises ». En effet, comment notre organisation syndicale, dont le soutien aux migrants se veut indéfectible, pourrait-elle brocarder un de leurs plus célèbres et historiques représentants qui – en précurseur – réussit, lui, son passage en Angleterre dans des conditions, il faut bien le dire, de la plus complète illégalité et clandestinité ? Bon, c’est vrai, à cette époque funeste, il y avait aussi des terroristes, mais c’est comme cela, sur les affiches de l’État français, qu’on désignait les résistants.

Et puis, plus simplement, qu’aurions-nous à gagner de plus à victimiser ce grand homme qui, n’ayant pas réussi à effacer complètement de l’histoire officielle de la Résistance l’apport et l’engagement des migrants, des étrangers (les FTP-MOI et le groupe Manouchian entre autres, les antifascistes espagnols aussi), ayant fait perdurer à l’aide de tous ses réseaux barbouzards (mais jamais terroristes ?!) le joug colonialiste d’un empire français sur des peuples dont on nous dit aujourd’hui que viennent tous les dangers, connut finalement Mai 68, la chienlit et une fin tragique dans un bal à Colombey ?

Tessi Rom
Militant syndical, mi chat noir, mi grattoir

* Nota bene : Si la rédaction calaisienne de la Voix du Nord a corrigé la version web de son article du 24 janvier (celui qui nous attribuait par erreur la paternité du graffiti) et si – de plus – elle a publié notre démenti dans son édition papier du 26 janvier, il n’en est pas de même pour la rédaction régionale du journal. En effet, à ce jour, le rédacteur en chef des pages « région » n’a toujours pas publié notre démenti dans son édition papier. Pourquoi ? Nous l’ignorons car nos courriers sont pour l’instant restés sans réponses.
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