Ni dieu ni chef de chœur ! Les Joyeux Mutins : dix ans de chorale militante à Lille…

Les-Joyeux-Mutins-au-salon-du-livre-CNT-Lille-2008« Parce que tous les grands moments de lutte de par le monde sont accompagnés par les chants et que nous trouvons important de faire vivre ce répertoire populaire d’hier et d’aujourd’hui. Parce que la lutte donne envie de chanter, de même que chanter donne envie de lutter. Parce que nous voulons donner de la voix à celles et ceux qu’on n’entend pas ». Généralement, c’est ainsi que nous présentons notre chorale aux couleurs politiques et révolutionnaires variées : noir (anar), rouge (coco), rouge et noir (anarcho-syndicaliste), vert (écolo), violet (féministe), arc-en-ciel (LGBT), et souvent tout ça mélangé !

Les Joyeux Mutins traînent dans les rues lilloises depuis presque dix ans déjà. Sur les marchés, à soutenir les ventes à la criée du journal local La Brique ; dans la rue, à soutenir les sans-papièr.es et les luttes sociales ; sur estrades, à soutenir des assos, des syndicats ou des projets de théâtreux comme « Les fusils de la mère Carrare » (pièce de Brecht) ; dans des bistrots, à pousser le bœuf vocal ; nous essayons de porter de la voix dès que nous pouvons, avec les moyens que nous avons.

Et les moyens, nous les mettons ! Nous sommes une chorale autogérée. Chez nous, pas de chef-fe, chacun.e apporte ce qu’i.e.lle peut : nos voix (surtout), deux- trois guitares, un chouïa de percus, connaissances vocales grappillées ici et là… Et c’est parti pour que la vingtaine que nous sommes explore une partie du vaste répertoire des chants populaires et révolutionnaires. Ce qui ne se fait pas sans mal… Pour chaque chanson, on débat : pourquoi est-ce qu’on la chante, quel est son contexte, et parfois… on s’engueule. Quand nous avons enfin décidé du choix (souvent après des heures et des heures de réunions), nous nous attelons à chercher des versions, à les adapter à nos voix, et pour tout cela, heureusement qu’il y a d’autres chorales du même type : « Les Barricades » de Grenoble, « La Chorale Des Sans-Nom » de Nancy, « La Choral’ternative » de Rouen, « La Canaille du Midi » de Toulouse, « La Lutte Enchantée » de Marseille, sans oublier la « Compagnie Jolie Môme » et les copines de Bretagne… Après, c’est la valse des répétitions. Une fois par mois, pendant quatre heures, c’est parti à poser les voix par pupitre, à apprendre les paroles (presque par « chœur »…), à travailler la mise en scène… Le résultat peut paraître parfois un peu branlant et bricolé, mais quel plaisir de chanter quand nous faisons corps avec les paroles que nous transmettons !

Pour ma part, ce que je préfère, c’est chanter en mode «bœuf» dans les bistrots. Une fois par mois, nous proposons à qui le veut, nous avons créé une mailing-liste pour l’occasion, de venir chanter en mettant radicalement ses complexes vocaux et rythmiques de côté. C’est très simple. Autour d’une chope de bière, de vin, ou sans alcool aussi, c’est selon, nous invitons tout le monde à parcourir les livrets et autres cahiers de chants (populaires et révolutionnaires, mais pas que) et à choisir une première chanson. Souvent, nous commençons la soirée par un classique : « À bas l’état policier » (de Dominique Grange) ou « Bella Ciao » (chant antifasciste italien) ou encore « A las barricadas » (CNT espagnole en 1936). Ensuite, c’est parti pour un enchaînement qui dure des heures. La liste est longue, mais à coup sûr nous voyagerons dans le temps, l’espace et les luttes. On passera en Espagne en 1962 à soutenir les grévistes dans les Asturies, en Italie vers 1900 à chanter aux côtés des ouvrières, au Chili en 1973 à continuer de se battre contre Pinochet, à Paris en 1871 sur les barricades ou sous les bombes avec Louise Michel, en catalan, en basque, en occitan, et même en ch’ti… Pour faire la nique au titre d’un bouquin de Michel Ragon, c’est un peu notre mémoire des luttants… mais pas encore vaincus.

Xamo (CNT-SSEC 59/62), mai 2015

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