Masculinisme + étranglement budgétaire = potion toxique

egalite-hommes-femmesCi-dessous un article extrait du blog de la section CNT du Conseil général du Nord :

On ne va rien vous apprendre avec cet article que vous ne sachiez déjà. Les faits exposés ici sont déjà connus et largement commentés dans les services. Simplement, il y a ceux et celles qui trouvent cela normal et il y a celles et ceux qui ne l’admettent pas. Pour nous, finie la comédie !

Incroyable ! Au vingt-et-unième siècle, dans une institution publique, laïque et paritaire, un directeur général se permet, à l’occasion de réunions de travail, de conseiller aux collègues femmes échangeant vivement mais courtoisement sur des sujets controversés, d’aller faire un « petit shopping » ensemble pour trouver un accord. C’est bateau et rebattu, les femmes écervelées et superficielles pensent chiffons. Quelques emplettes, quelques méchants potins échangés et voici nos mégères territoriales calmées et prêtes à recevoir Raison et Vérité de la bouche de ceux qui ont seuls accès au symbolique et au savoir, les technocrates mâles omniscients. Merci mon père ! On voit le résultat au niveau planétaire.

Sous les couches écailleuses du ripolinage paritaire et égalitaire, la condition des salariées du Conseil général est mise à mal : les « tics » langagiers sexistes se multiplient et des jeunes collègues infantilisées et méprisées ont droit à du « ma poulette » ou « ma cocotte », commentaires égrillards ou méprisants sur le physique ou l’apparence des intervenantes en instances paritaires, des secrétaires métamorphosées en soubrettes-minute qui préparent et servent le café sur leur lieu de travail, un service entier qui recrute des plutôt blondes pendant près de 10 ans, une jeune et agréable postulante contractuelle stagiairisée sur un poste de secrétariat de direction préférée à une collègue également précaire ayant le double de son âge. Un hasard ?

« Humour » et connivence

Nous n’y croyons pas et nous l’avons constaté y compris chez quelques syndicalistes et élus qui multiplient des attaques ad personam sexistes là où ils devraient argumenter politiquement et syndicalement. Tout y passe : physique, poids, âge, odeur, vêtements, coiffure, style, comportement. Les vieux stéréotypes sont tenaces et sous couvert d’humour, bien des saloperies sont dites sur les femmes les plus exposées. On se souvient même d’un élu paritaire au teint rubicond déclarant à l’encontre d’une militante d’un syndicat adverse qui venait de signaler le caractère caduque d’une disposition : « elle, c’est son appareil reproducteur qui est obsolète » suscitant immédiatement la franche et grasse rigolade d’un autre militant mais l’indignation des syndicalistEs et des collègues de l’administration. Il y a du boulot quand les deux bras armés, employeur et syndicalistes, entrent en connivence contre le deuxième sexe.

Les femmes cadres ne sont pas plus épargnées par les propos sexistes, les attitudes condescendantes, le pillage et la récupération de leur travail. Y compris celles qui conçoivent l’égalité hommes-femmes comme une identification déculpabilisée aux idéaux masculins et aux valeurs du système prédateur (ambition, carrière coûte-que-coûte, pouvoir, dureté, mépris) subissent le sexisme institutionnel. De surcroît, quand elles sont vraiment trop « compétitives », trop « compétentes », et malgré ses divisions internes féroces, l’équipe des hauts cadres masculins resserre les rangs, multiplie les chausse-trapes et s’emploie à les empêcher d’accéder aux postes jackpot.

Dans les faits, alors que plus de 71% des agents titulaires sont des femmes plus de la moitié de celles-ci (51% soit 2924 d’entre elles) n’ont eu aucune évolution de carrière en 2013 . Sur la même année, ce sont 59 % des hommes qui ont bénéficié d’avancements ou de promotions. Le bilan social est encore et toujours illisible sur bien des paramètres : nombre de formations, durée, nature des formations, arrêts maladies, etc.) et ne permet pas une évaluation objective des conditions de travail hommes-femmes comparable aux bilans réalisés dans le privé.

C’est ce que ex-éluEs CTP, nous avions mis en avant lors de la présentation du bilan social en novembre 2014. Madame Marie Fabre qui venait d’annoncer que l’égalité hommes -femmes serait un axe prioritaire au niveau de la politique RH dans les années à venir devait vérifier nos chiffres. Évidemment on n’a rien vu. Et on ne verra rien car elle part à la fin du mois… Mais les engagements dans le vide (comme sur l’ouverture de la crèche en août 2015 par exemple), c’est coutumier.

Majoritaires à la production, les femmes sont pourtant quasi-absentes des postes de la haute administration. Une seule femme sur les missions (traditionnellement féminisées) de RH, mais seulement en tant que directrice adjointe, contre 4 directeurs généraux, 4 directeurs généraux adjoints et un directeur général des services. Une seule femme, donc, dont nous avons par ailleurs expérimenté la capacité à fonctionner comme un autre et trahir sa parole. Franchement, on se contrefiche de ce qu’ils s’entre-dévorent à ce niveau-là, femmes et hommes ! Dans les services par contre, nous allons dénoncer explicitement et combattre le sexisme ordinaire, la misogynie qui s’ignore mais qui produit des effets pervers vis à vis des déroulements de carrière et des conditions de travail des collègues. En période de crise économique, les femmes au travail sont toujours un peu moins égales, un peu plus exploitées, moins recrutées, moins promues, bref, un peu plus menacées.

Miette (section CNT du Conseil général du Nord)

PS : Ne soyez plus victimes, ne restez pas isoléEs ! Recueil de témoignages (en toute discrétion) à : femmes @ cnt-cg59.org (protection contre les robots, attention aux espaces)

> Retrouvez cet article sur le blog de la section CNT du CG59

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