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Mises au point de la CNT suite à une interview publiée dans « La Voix du Nord » et « Nord éclair »

La CNT est solidaire de toutes les victimes de violences policières (voir ici *). Mais, contrairement à ce que déclare S.B. (présenté comme « historien et spécialiste de la gauche radicale ») dans une interview publiée le 4 novembre 2014 dans « La Voix du Nord » et « Nord éclair », la CNT n’a pas participé à la manifestation qui a lieu le 1er novembre à Lille en hommage à Rémi Fraisse, n’ayant pas pu en parler le greve-generale28 octobre lors de son AG hebdomadaire. Par ailleurs, si son calendrier lui avait permis d’aborder la question et si elle avait décidé de participer à cette manif’, la CNT l’aurait fait comme à son habitude, c’est à dire à visage découvert, sans violence et en arborant ses drapeaux de manière visible.

D’autre part, contrairement à ce que le rédacteur de « La Voix du Nord » et de « Nord éclair » affirme dans l’une des questions posée à S.B. et contrairement à ce que celui-ci lui répond, la CNT ne refuse pas de « s’exprimer dans la presse » et elle ne considère pas que tous les journalistes sont automatiquement des « protecteurs du système ». À ce propos, signalons que la CNT syndique des journalistes (cf. le site du syndicat CNT de la presse et des médias) ; cela ne l’empêchant pas, à l’instar de l’association ACRIMED, d’être critique quant à la façon dont certains d’entre eux exercent leur métier.

Enfin, l’interview de S.B. révèle un certain confusionnisme autour de l’identité de la CNT. Par conséquent, bien qu’elle partage plusieurs de ses orientations avec le mouvement libertaire (contrôle des négociations par la base, assemblées générales souveraines, délégué-e-s élu-e-s et révocables à tout moment..), rappelons que la CNT n’est pas une organisation anarchiste et qu’elle ne fait pas partie, non plus, de ce qu’on appelle la “mouvance autonome”. La CNT est un syndicat anti-capitaliste, autogestionnaire et de lutte de classes qui, historiquement, a deux références : le syndicalisme révolutionnaire de la CGT française d’avant 1914 et l’anarcho-syndicalisme implanté massivement en Espagne de 1910 à 1936. Le syndicalisme révolutionnaire est né en France à la fin du XIXe siècle face au développement d’un courant anarchiste exaltant la valeur de l’individu au détriment de la société humaine et usant paradoxalement de l’arme terroriste instrumentalisant la vie humaine. S’il a interprété l’analyse économique marxiste, le syndicalisme révolutionnaire s’est également construit contre les partis politiques (rejet de la notion de “courroie de transmission” chère au PC et refus du “parlementarisme” comme moyen d’émancipation politique et sociale). Quant à l’anarcho-syndicalisme espagnol, c’est lui qui à la fin des années 1930 a inventé et expérimenté à grande échelle une forme de société fédéraliste, égalitaire et autogérée. Aujourd’hui, la CNT oscille entre la reconnaissance d’un projet de type “communiste libertaire” et le refus de toute étiquette spécifiquement idéologique. Pas d’organisation politique, de quelque obédience qu’elle soit, comme tutrice de l’organisation syndicale ! Et une logique d’adhésion fondée sur l’appartenance de classe plutôt que sur des dogmes idéologiques préétablis ! Car c’est dans l’action, à travers notamment la pratique quotidienne de la lutte syndicale au sein des entreprises et du monde du travail, que se construit la CNT…

Suite à l’interview de S.B., la CNT 59/62 a pris contact avec son auteur et un article, reprenant brièvement plusieurs des mises au point énoncées ici, a été publié le 8 novembre dans les colonnes de « La Voix du Nord » et de « Nord éclair ».

* Contre l’agriculture productiviste,
la répression d’État et les violences policières :

Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 octobre 2014, Rémi Fraisse, étudiant botaniste de 21 ans, est décédé sur le site de Sivens lors de la manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers d’opposants au barrage. Il a été tué par l’explosion d’une grenade offensive de la gendarmerie.

Ce drame n’est pas un accident. Il est le résultat de plusieurs mois de violences policières croissantes envers les opposant-e-s pour imposer un projet inutile dont la pertinence est aujourd’hui même remise en cause par un rapport d’experts : trop coûteux, pas adapté aux besoins réels de la population, entraînant des dégradations et destructions environnementales, incompatible avec la notion d‘agriculture raisonnée, sans réelle prise en compte des solutions alternatives possibles et existantes…

La répression à laquelle ont dû faire face les opposants au barrage n’est pas isolée. De nombreux manifestants sont gravement blessés et mutilés par les forces dites “de l’ordre” dans le cadre de luttes légitimes et des dizaines de syndicalistes sont poursuivis suite à des grèves (en Moselle, c’est Fouad Harjane, syndicaliste de la CNT, qui a été condamné suite à une occupation de la gare de Metz dans le cadre du mouvement anti CPE de 2006 ; pour en savoir plus sur cette affaire actuellement en appel, voir ici). C’est par peur de voir se multiplier les résistances et les alternatives que le gouvernement crée un climat de violences et de criminalisation des mouvements sociaux et écologiques.

Un jeune de 21 ans est mort, tué par la police, tandis le gouvernement et certains médias nous font croire que ce sont les manifestants qui sont violents. Cette violence répressive qui ne vise qu’à défendre la loi du profit ne doit pas rester sans réaction.

Nous exigeons :

  • L’arrêt immédiat des travaux et l’abandon définitif du projet de barrage.
  • La vérité sur la mort de Rémi (il faut établir les responsabilités à tous les niveaux, pas seulement celles de celui qui a lancé la grenade mais celles aussi des donneurs d’ordre).
  • La fin des violences policières (aujourd’hui, c’est un manifestant qui a été tué mais nous rappelons que les violences policières font fréquemment des victimes, notamment dans les quartiers populaires).
  • L’interdiction des armes soi-disant non létales (grenades offensives, flash-balls et tasers) utilisées par les forces dites « de l’ordre ».

UR NPDCP

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