Compte-rendu de la projection de « Bassin miné » organisée le 8 octobre à Avion (Pas-de-Calais)

cinema-et-antifascismeUne petite centaine de personnes étaient présentes mercredi 8 octobre 2014 au cinéma Le Familia à Avion, pour assister à la projection du film documentaire Bassin miné en présence de son réalisateur Édouard Mills-Affif. Il s’agit du deuxième documentaire réalisé par ce dernier, à la suite d’Au pays des gueules noires : la fabrique du Front national, sorti en 2004, qui s’attachait alors à suivre l’implantation méthodique du FN à Hénin-Beaumont, menée par Steeve Briois et son très proche collaborateur Bruno Bilde (comme lui un ancien du MNR de Bruno Mégret, revenu ensuite au bercail).

Pour que Bassin miné puisse voir le jour, Édouard Mills-Affif aura eu besoin de lancer une souscription publique, à laquelle la CNT 59/62 a tenu à participer. Et il faut dire que cela en valait bien la peine, car le film est une réussite indéniable.

Dans la continuité d’Au pays des gueules noires, il nous immerge au cœur de la campagne électorale des municipales de 2014, avec cette fois comme fil conducteur le point de vue des opposants héninois à l’extrême droite, en suivant notamment la campagne et l’engagement antifasciste de Marie-Françoise Gonzales *, militante du Front de Gauche au sein du PG et digne héritière d’une famille de combattants républicains espagnols.

Notons également la présence d’Octave Nitkowski, jeune blogueur et auteur du livre Le Front national des villes et le Front national des champs, qui nous livre ici quelques analyses « à chaud » de la situation.

L’arrière-plan économique et social est bien présent, et le désarroi des habitants frappés de plein fouet par la paupérisation et la désindustrialisation, s’ajoute à la perte complète de repères politiques. Les dérives politico-judiciaires du PS local, incarnées par un Gérard Dallongeville qui semble à l’écran totalement inconscient de la situation, ne font ressortir que plus crûment le gâchis annoncé, accentué par l’indigence des réponses des forces de progrès et leur division funeste.

Édouard Mills-Affif met le doigt dans la plaie de façon presque salutaire, en montrant le renversement du rapport de force opéré par l’extrême droite, au cœur d’une terre où s’ancrent historiquement les luttes ouvrières. En ce sens, il nous expose le patient travail de terrain de Briois, qui à grand renfort de démagogie et de clientélisme, occupe efficacement la place laissée vacante par ses opposants officiels. Cette absence de réponse criante de la « gauche » de gouvernement dans ce qui fut un bastion « socialiste », amène le spectateur à se poser des questions sur la volonté réelle de résistance du PS et de ses alliés, qui ne semblent finalement pas si mécontents de se débarrasser du fardeau que représente pour eux Hénin-Beaumont…

Les apparitions épisodiques mais sur-médiatisées de la châtelaine de Montretout, venue adouber son poulain, s’ajoutent à ce triste tableau et nous laissent au final un goût amer mais sans pour autant nous faire tomber dans l’abattement. La sensation d’avoir assisté à une démystification efficace de la propagande frontiste fait de ce beau travail pédagogique un document stimulant, qui appelle à préparer la riposte au plus vite.

En fin de séance, la présence d’Édouard Mills-Affif donnait lieu à un débat avec les spectateurs, qui malgré les griefs de certains militants de terrain reprochant au réalisateur de ne pas figurer dans le film, s’avérait enrichissant et constructif.

Un pot de l’amitié venait conclure la soirée et la conversation au bar avec le réalisateur et Marie-Françoise Gonzales, elle aussi présente, autour d’une coupe de champagne, restait dans le sillage du visionnage et du débat, énergisante, source de réflexions et d’actions à entreprendre, riche de projets de combats à mener et de victoires à venir…

Luc, Seb et Olivier (UL CNT Béthune)

* Mille excuses à cette militante pour avoir écorché son nom dans la 1ère version de ce compte-rendu.
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