“On a grèvé”, un film-documentaire sur la grève des femmes de chambre d’un grand groupe hôtelier européen

Elles s’appellent Oulimata, Mariam, Géraldine, Fatoumata… elles sont une trentaine de femmes de chambre. Pendant un mois, elles vont affronter le deuxième groupe hôtelier d’Europe. Elles n’acceptent plus le salaire à la tâche déguisé, les heures données au patron, le mal de dos qui les casse et le mépris dans lequel elles sont tenues. « On a grèvé », c’est le récit d’une première fois, un jaillissement de chants et de danses qui renouent avec une culture séculaire de résistance. La rencontre entre leur force de vie et une stratégie syndicale pertinente va leur permettre de gagner, pour la première fois, un vrai statut de travailleuses.

Ce film-documentaire de 70 mn, réalisé en 2013 par Denis Gheerbrant et coproduit par Richard Copans et « Les Films d’Ici », sortira en salles le 10 septembre 2014. À Lille, il sera projeté le jeudi 6 novembre à 20h au cinéma “Le Métropole”. Cette projection sera suivie d’un débat avec Catherine Le Grand-Sébille (sociologue) et Étienne Deschamps (syndicat CNT-SO du nettoyage).

Bande-annonce :
 

Message envoyé à la CNT par la société chargée de la distribution du film :

Il y a quelques jours encore, le 8 juin dernier, elles manifestaient dans les rues de Paris. Pour la plupart étrangères et souvent en situation précaire, elles sont de plus en plus nombreuses à dénoncer leurs conditions de travail et leurs mauvais salaires.

Étape marquante de ce mouvement, la grève, en 2012, d’une vingtaine d’entre elles à Nanterre, dans un hôtel Première Classe et Campanile, a été filmée par Denis Gheerbrant. C’est une grève qui, sur bien des points, fut exemplaire par la conjonction d’une stratégie syndicale pertinente et de la détermination des grévistes. Entre ce petit syndicat d’entreprise, CGT HPE (Hôtels de Prestige et Économiques), appuyé par la CNT du Nettoyage, et ces femmes, en majorité africaines, récemment arrivées en France et souvent illettrées, le partage des rôles fut particulièrement efficace. Exemplaire en effet cette grève, parce que victorieuse ! Elles ont obtenu, dans un premier temps, de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire et, point très important, l’instauration d’une vraie rémunération horaire ; un an plus tard, leur intégration dans le personnel de la chaîne hôtelière et enfin, en ce mois de juin, la décision de cette dernière de prohiber dans ses établissements le paiement à la tâche, ce qui ne manquera pas de donner des idées à d’autres femmes de chambre…

Durant les 28 jours du conflit, Denis Gheerbrant a regardé ces femmes, les a écoutées chanter, danser et parler. « On a grèvé » nous permet ainsi de mieux les connaître, de leur donner des visages, d’appréhender des esquisses de vies et comprendre leur place dans la lutte des classes et des femmes.

Quand dans le film, elles disent « On a grèvé », le spectateur observe comment le groupe se constitue, comment cette action collective transforme les unes et les autres, pour, à la fin, s’interroger sur ce que cette lutte porte en germe. Car si ce moment d’apprentissage, d’initiation à la politique, participe d’une véritable dynamique d’intégration citoyenne par l’action syndicale, le film de Denis Gheerbrant pose aussi, en creux, des questions – tant du point de vue de la relation de cette nouvelle classe ouvrière aux différents appareils que des rapports femmes-hommes ou Noirs-Blancs – qui sont au cœur d’un processus nécessaire d’échange et de partage démocratique.

« On a grèvé » sortira le 10 septembre prochain et nous espérons qu’à cette occasion de nombreux débats pourront se mettre en place, autour de ces enjeux, dans les salles de cinéma.

Pour Zeugma Distribution,
Philippe Hagué

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